Jean-Lau se tape Angoulême – Part. 1

Ou les tribulations longues et barbantes d’un mec qui a été à Angoulême et pas vous, nananèreuh !

Amis lecteurs, amateurs de comic books et fidèles de Comixity, je ne ferais pas comme certaines personnes au grand chapeau dont je tairai le nom (mais qui ne s’appellent pas Annie Cordie, soit dit en passant), en vous disant que c’est avec des trémolos dans le clavier que j’écris aujourd’hui mon premier article pour ce merveilleux site. En fait, j’en ai rien à faire de vous.

Non mais, revenez ! C’était pour rire !

File d'attente devant l'expo Monde de TroyPlus sérieusement, mes meilleurs copaings, le but de cette série d’articles à venir sera de permettre à ceux qui n’auraient pu se rendre à Angoûleme cette année (looosers !) de découvrir les principaux points d’intérêt de cette 38ème édition du festival.

Eh oui, pendant que les équipes de Comixity et Cable’s Chronicles se gelaient les miches en attendant d’interviewer les artistes présents aux différents stands, j’ai décidé de faire un tour des diverses expositions, événements et conférences, et de vous proposer un autre regard sur cette manifestation culturelle où l’on court beaucoup, tout le temps, partout.

Et si vous cherchiez dans ces lignes un quelconque rapport avec les comics, sachez qu’au cours de ces péripéties angoumoisines, il sera parfois question de bande dessinée américaine, mais pas seulement, que diantre ! Pourquoi ne pas commencer dès aujourd’hui et découvrir ensemble les différents personnages et artistes de BD mis à l’honneur cette année à Angoulême ?

Si vous vous sentez l’âme à voyager vers d’autres horizons, je vous propose tout de suite une rencontre avec les trois papas du Monde de Troy, univers d’héroïc fantasy mâtiné d’une bonne dose d’humour. Plein feu donc, sur la série phare des éditions Soleil (Non, parce que feu, phare, soleil…) !

Histoire Troll

Pour ceux qui ne connaîtraient pas le Monde de Troy, rappelons que cet univers d’héroïc-fantasy voit le jour en 1994 avec une première série, Lanfeust de Troy. Cette épopée – qui compte aujourd’hui plusieurs séries dérivées – se déroule dans un monde rempli de trolls et moultes créatures fantastiques, où chaque être humain se voit doté vers l’adolescence d’un pouvoir aléatoire (tiens tiens… ça me rappelle vaguement quelque chose…), allant de la maîtrise du feu à l’éruption commandée de boutons d’acné sur le visage de ses ennemis.

Dans la cité d’Eckmühl, un jeune apprenti forgeron, Lanfeust, découvre bientôt qu’il peut posséder tous ces pouvoirs au simple contact d’une mystérieuse épée. Tout irait pour le mieux si Thanos, un homme énigmatique, n’avait pas hérité du même don, et voudrait s’en servir à des fins maléfiques. Le jour où l’épée disparaît, une course effrénée s’engage entre les deux hommes, entraînant malgré lui le naïf Lanfeust, accompagné du sage Nicolède, de ses deux jeunes filles ingénues C’ian et Cixi, et du troll épicurien Hébus, à la recherche de ladite épée.

Si le thème de cette bande dessinée peut au premier abord faire penser à certains grands classiques de la littérature du genre, son véritable atout réside dans un ton humoristique omniprésent, et dans un univers ultra référentiel, que ce soit à la bande dessinée (on aperçoit parfois dans les cases des clins d’oeils à Astérix aussi bien qu’à Batman), ou même à des parodies de publicités (attendez de rencontrer l’ambassadeur Feh-Rer au rocher) causant de franches rigolades.

Mais qui sont les créateurs de cet univers, et comment une œuvre si étendue a-t-elle vu le jour dans leurs esprits ? Pour répondre à ces questions, j’ai profité d’une rencontre entre les auteurs et le jeune public le jeudi après-midi, pour m’incruster et tenter d’en apprendre plus. Après avoir racketté quelques mioches, je m’assieds discrètement au fond de la salle, et attends la venue de Christophe Arleston, le scénariste des différentes séries, Didier Tarquin, l’illustrateur de Lanfeust de Troy (entre autres), et Jean-Louis Mourier, le dessinateur de Trolls de Troy.
Rencontre entre les auteurs et les enfants
Avec un petit quart d’heure de retard, Christophe Arleston arrive le premier dans la salle du Quartier Jeunesse et présente son métier de scénariste aux enfants, ainsi que la manière dont il travaille : J’écris mon histoire dans deux colonnes, explique-t-il, dans la première, je décris ce qui va se passer dans chaque case, et dans la seconde, j’écris les dialogues. L’auteur parle aussi de l’importance du travail du scénariste en amont de celui du dessinateur : Le dessinateur est un peu comme le réalisateur au cinéma, il doit donner au personnage la bonne expression. Mais avant cela, c’est au scénariste de trouver la meilleure image et de la décrire au dessinateur.

Passionné de bande dessinée depuis son enfance, Arleston confie que son premier contact avec la BD eut lieu au milieu des années 1970, lorsqu’il ouvrit un numéro de Pilote à 10 ans. Puis il raconte comment il a découvert de nouveaux magasines alternatifs comme Métal Hurlant, lorsqu’il avait 14 ans, avant de revenir à des classiques avec le magasine Spirou vers ses 18 ans.

Lorsqu’un enfant lui demande comment il a commencé à travailler dans la bande dessinée, l’auteur répond : J’ai su très tôt que je voulais travailler dans la BD. Vers 15 ans, je me suis mis à dessiner mes propres bandes dessinées. J’ai été présenter mes travaux dans les différents festivals, et là je me suis rendu compte que beaucoup de gens savaient dessiner, et souvent mieux que moi. Par contre ils n’avaient pas grand-chose à raconter. Comme moi j’avais des idées, je me suis dit que ce serait tout aussi bien de travailler à deux : moi j’écrirais les histoires, et quelqu’un d’autre les dessinerait.

Concernant son parcours, il parle de sa formation dans une école de journalisme, et de son passage à France Inter : Au bout d’un moment, j’ai commencé à écrire des histoires pour un feuilleton radiophonique, j’en ai écrit une vingtaine. Il n’y avait bien sûr pas d’images, mais déjà, j’avais l’envie de faire passer des images par les dialogues que j’écrivais.

Lanfeust de TroyUn autre enfant l’interroge : Comment est né le Monde de Troy ? Le scénariste lui explique que pour Troy comme pour toute œuvre, il faut s’inspirer de tout ce qu’on a lu, vu, entendu, il faut laisser mijoter un certain temps dans la tête, puis un jour, cela ressort naturellement, de manière à créer un univers cohérent.

Un jour, alors que je discutais avec Jean-Louis Mourier, un des dessinateurs qui est passionné de voile, j’ai imaginé un monde où il n’y aurait pas de terre, mais que de l’eau, et où les gens vivraient tous dans des bateaux. Et puis, un autre jour, j’ai eu l’idée d’un monde où chaque personne aurait un pouvoir différent. Oui, mais là ça faisait deux idées, trop de choses à raconter, et du coup ce serait peut-être mieux d’écrire deux histoires. Alors j’ai écris deux pitchs, et j’ai été voir mon éditeur. Il m’a dit : laisse tomber ton histoire sur la magie, concentre toi sur celle avec les bateaux. Mais l’idée de mélanger les deux histoires m’est restée dans la tête, et le jour où tout s’est mis dans le bon ordre, j’ai proposé un scénario à Didier Tarquin, l’autre dessinateur. Et c’est comme ça que l’idée de départ du Monde de Troy est née.

Sur cette révélation, ledit Tarquin, dessinateur des différentes sagas de Lanfeust, arrive à son tour. Le duo continue à expliquer comment sont nés les personnages qui, comme pour toute histoire, sont toujours des reflets de leur créateur : On met tous un peu de soi dans les personnages, avoue Arleston, dont l’enfance semble avoir inspiré le personnage de Lanfeust.

Lorsqu’on demande à Didier Tarquin comment il a trouvé les idées pour dessiner les différentes créatures qui composent l’univers de Troy, celui-ci répond : Tout part des indications du scénariste. Par exemple, pour le pétaure, Christophe avait marqué dans son scénario : fais un genre de gros mammouth. Bon. Ok. Ça me donne une vague idée de sa masse, des proportions qu’il a. Mais après, je dois me poser des questions. À quoi il peut bien ressembler ? Est-ce qu’il a des poils ? Tiens, ben je vais lui faire des tresses. Puis je dois imaginer son attitude. C’est un animal lent, mou, donc il ne sera pas agressif. Mais je dois aussi me dégager du mammouth : je lui ai donc enlevé la trompe, mais j’ai gardé les défenses.

Arleston continue : Je rebondis aussi sur les dessins de Didier. Comme j’ai toujours quelques pages d’avance par rapport à lui, je peux jouer avec ses créatures. Il a des tresses ? Bon, ben, je vais les réutiliser dans mon histoire. Un autre exemple : pour Hébus, j’avais juste écrit « il pue ». Mais comment faire passer l’idée qu’il pue au dessin ? Didier a alors rajouté les mouches. J’ai ensuite utilisé les mouches dans mes histoires, comme pour la fête de la première mouche chez les trolls, qui marque le passage à l’âge adulte pour leur espèce. En intégrant les mouches au scénario, je leur ai donné une existence propre. Il y a même une mouche d’Hébus qui s’appelle Fifine !

Après cette note d’humour, les enfants demandent à chacun quel personnage de Troy ils aimeraient incarner. Tarquin répond Hébus sans hésiter, car il ne se pose pas de questions, il prend la vie du bon côté. Selon lui, être un troll signifie trois cents ans de rigolade et de bouffe. Chez Arleston, la réponse est la même. Pour lui, les trolls ont une conception très simple, très naturelle de la vie.

Trolls de TroyArrive enfin Jean-Louis Mourier, dessinateur attitré de Trolls de Troy, qui continue de développer sur cette espèce : En tant que créateur de leur design à l’origine, Didier aurait pu m’indiquer comment dessiner les trolls, mais non. Au contraire, il m’a laissé beaucoup de liberté, et ça a été un vrai travail complémentaire au final. Tarquin confesse alors qu’il s’est aussi inspiré du travail de Mourier pour créer de nouveaux trolls.

C’est ensuite au tour des enfants dans la salle de dire quel est leur personnage préféré du Monde de Troy. Des voix timides s’élèvent, prononcent quelques noms. Au final, si les filles semblent préférer la troll Tyneth, les garçons n’ont d’yeux que pour Cixi, ce qui amuse beaucoup Arleston.

Quand on demande au scénariste si, dans ce monde où Lanfeust apprend à devenir adulte et à assumer ses responsabilités, Hébus ne serait pas son contraire, personnifiant plutôt l’esprit des enfants qui ne veulent pas grandir, l’auteur acquiesce : C’est vrai que les trolls ont quelque chose de très enfantin. Ils sont spontanés, et possèdent une très grosse part d’enfance. D’ailleurs, ma petite fille de quatre ans m’a beaucoup inspiré pour le personnage de Tyneth, la petite fille troll aux couettes. Le coup de la dent de devant en moins s’inspire de ma fille, quand elle a perdu ses dents.

Pendant que Didier Tarquin et Jean-Louis Mourier dessinent chacun un troll à leur manière pour le plus grand plaisir des enfants, Christophe Arleston en profite pour parler de l’évolution des deux personnages principaux du monde de Troy, aussi complémentaires qu’antinomiques.

Il dévoile qu’entre le premier tome de Lanfeust de Troy et le premier tome de la nouvelle saga Lanfeust Odyssey, il s’est passé 5 ans dans la vie de Lanfeust : Il a maintenant 24 ans, il a connu quelques filles…. Il est devenu plus mature. Hébus, lui, a beaucoup moins évolué. Il a surtout appris à vivre avec les humains. Mais le Troy qu’ils retrouvent a bien changé quant à lui. Les deux héros sauront-ils s’adapter dans ce monde qui ne les a pas attendu pour évoluer ?

La rencontre se termine, le public applaudit les auteurs, tandis que les enfants se précipitent sur eux pour faire dédicacer leurs albums. S’ils ne repartiront pas tous avec un dessin, ils garderont quand même pour leur école les deux grands trolls dessinés par les artistes, ainsi que des souvenirs plein la tête de cette rencontre inter-génération.

Une minute avec…

Si les trois auteurs admettent facilement leur intérêt pour la bande-dessinée franco-belge, notamment une passion partagée pour Astérix, qu’en est-il de leurs influences américaines ?

Jean-Louis MourierJean-Louis Mourier

Si je porte aujourd’hui un T-shirt d’Alan Scott, le Green Lantern du Golden Age, c’est parce que je suis plus un amateur des anciens personnages que des super-héros récents. J’ai pourtant été un grand lecteur de la génération Strange, mais les artistes qui m’ont réellement inspiré sont plutôt Bernie Wrightson [House of Mystery, Swamp Thing vol.1, Batman/Alien] et Richard Corben [Heavy Metal, Hellblazer].
 

Christophe ArlestonChristophe Arleston

Je n’ai jamais été très branché par les super-héros, bien que mes personnages possèdent certains de leurs pouvoirs. En bande dessinée américaine, je suis plutôt amateur de l’œuvre de Milton Caniff [Dickie Dare, Steve Canyon, Terry and the Pirates]. En comic-strips, j’aime beaucoup les Peanuts et Calvin et Hobbes. Mais je m’intéresse surtout à la BD underground, avec des artistes comme Robert Crumb [Fritz the Cat, Mes problèmes avec les femmes, Harv’ n’ Bob, Mister Nostalgia, …].

Didier TarquinDidier Tarquin

Mes références sont nombreuses. Je pourrais citer John Buscema [Silver Surfer, Tarzan, Conan the Barbarian, …], Hal Foster [Prince Valiant], Jack Kirby [bon, là j’abandonne…] pour les classiques, mais aussi Joe Madureira, Humberto Ramos, J. Scott Campbell et Todd McFarlane plus récemment, sans oublier Jim Lee

À un moment, j’ai arrêté de m’intéresser aux comics. Et celui qui m’a donné l’envie de m’y remettre, qui m’a fait dire : « Putain, il se passe un truc énorme, là ! », c’est celui qui a renversé les codes du comic-book à gros coups de patates dans la gueule de tout le monde : Frank Miller, bien sûr…

À suivre dans le prochain épisode

Jean-Lau transporté dans le Monde de Troy !
Attention ! Un troll aux dents aiguisées ! Hop ! Sauté par dessus !
Attention ! Une jolie troyenne en tenue légère ! Hop ! Saut…

A propos Jean-Lau 20 Articles
Fan #1 devenu au gré des rencontres membre de l'équipe, il partage ses coups de cœur comics, cinés et animés ainsi que sa passion pour la bande dessinée en général.

1 Comment

  1. « ils garderont quand même pour leur école les deux grands trolls dessinés par les artistes »
    La vache, j’aurais bien voulu les avoir dans mon école ces trolls « taille réelle » !!!

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