Unspoken VF : Le Magicien d’Oz – Une bonne d’Oz de Baum au cœur

Le Magicien d'Oz édition Panini

Le Magicien d'Oz édition PaniniC’est un petit bijou – d’émeraude bien sûr – qui est arrivé dans l’Hexagone à dos de tornade en ce mois de novembre. En effet, Panini, détenteur des droits Marvel en France, a décidé de publier le premier tome des aventures dessinées, adaptées des romans de Lyman Frank Baum sur le pays d’Oz. L’édition américaine ne date pourtant pas d’hier, la mini-série en huit épisodes étant sortie en 2009. Cette parution soudaine d’un matériel pas tout neuf serait-elle due à la perte des droits sur les titres DC ou pour surfer sur la vague des prochaines sorties cinéma – dont le très attendu film Disney réalisé par Sam Raimi – sur la franchise ? Toujours est-il que nous ne nous plaindrons pas de cette bonne idée de Panini de sortir cette série, en espérant que si le succès est au rendez-vous, la maison d’édition aux pains plats n’attendra pas autant de temps pour sortir la suite. Le prochain tome est déjà prévu pour avril 2013, mais de nombreux autres mini-séries sont déjà parues aux States. Qu’en est-il déjà de ce premier volume ? Commençons par le commencement, avec l’histoire originelle qui a fait la renommée d’Oz.

Scénario

Pour ce qui est de l’histoire à proprement parler, il est pratiquement inutile de la résumer, tant le film culte de Victor Flemming de 1939, Le Magicien d’Oz, l’a rendue célèbre au point d’en faire un incontournable de la culture américaine. Mais ce film est lui-même adapté d’un roman de L. Frank Baum écrit en 1900, classé parmi les meilleures ventes de livres pour enfant aujourd’hui, et l’oeuvre la plus référencée dans de nombreux films, livres, séries. On se contentera donc de dire qu’il s’agit d’un conte enchanté où une petite fille suit un parcours initiatique en compagnie de trois surprenants amis.  Dorothy, l’Epouvantail écervelé, l’Homme de Fer au coeur d’acier et le lion peureux se mettent donc en quête du grand Magicien d’Oz pour lui demander de leur donner à chacun ce qui leur manque. À la fin d’un long et périlleux voyage, tous découvriront qu’ils possédaient déjà en eux ce qu’ils pensaient avoir besoin. Si son auteur a déclaré qu’il s’agissait d’un « conte de fée modernisé (…) dans le seul but de plaire aux enfants d’aujourd’hui », d’obscurs professeurs américains virent dans les écrits de Baum une parabole de la dépression et du contexte économique qui marqua les Etats-Unis à la fin du XIXème siècle. Pas étonnant que le film de 1939, après une décennie de nouvelle crise, ait tant marqué les esprits. Peut-être est-ce aussi pour cela que le pays d’Oz revient aussi à la mode de nos jours, mais qu’importe : la bande dessinée proposée ici se veut juste un conte pour enfant, et non une parabole mystique, et c’est tant mieux pour le lecteur.

Dorothy au TexasSi les scènes classiques vues dans le film sont au rendez-vous, l’histoire est ici plus détaillée et plus fidèle au roman d’origine, là où le film de Flemming survolait, raccourcissait ou éclipsait certains passages entiers. On notera donc la passion avec laquelle Eric Shanower, scénariste du présent ouvrage et maître ès Oz (il a écrit et illustré plusieurs romans consacrés à Oz), a adapté le livre de Baum. Ne l’ayant pas lu moi-même, je ne pourrais pas m’avancer sur l’exacte reproduction des scènes par rapport au roman, mais de lointains souvenirs d’un dessin animé de mon enfance sur le sujet et des sources entrecoupées permettent de penser que Shanower s’est voulu le plus fidèle possible au texte d’origine. Cependant, chacune des huit parties du comic-book ne correspond pas exactement à un chapitre du roman, et le scénariste a parfois étiré certaines séquences pour ménager le suspens d’un épisode à l’autre. Dans ce volume regroupant toutes les issues, l’effet ne se sent pas trop, mais certaines scènes paraissent tout de même un peu longuettes par rapport à d’autres, sans pour autant lasser le lecteur.

En résumé, Shanower réussit ici une merveilleuse adaptation en bande dessinée, qui rappellera de bons souvenirs aux plus anciens qui auraient déjà visité le pays d’Oz grace au film et qui en découvriront ici des passages inédits, mais qui ravira aussi les plus jeunes et les non initiés, découvrant cette histoire magnifique pour la première fois.

Graphismes

Si l’apport de Shanower au scénario – bien que basé sur du matériel existant – n’est pas négligeable, c’est bien le travail graphique réalisé sur cette mini-série qui rend cette bande dessinée incontournable. D’ailleurs, il serait quelque peu injuste de parler de simple comic-book, tant les talents combinés du dessinateur et encreur Skottie Young et du coloriste Jean-François Beaulieu en font une œuvre proche d’un graphic novel.

L'Homme de Fer et Dorothy endormieScottie Young, éminent artiste de l’écurie Marvel et spécialiste des couvertures de comics thémées « Babies » qui font toujours craquer vos copines (et sont un bon moyen de vous faire offrir un fascicule à l’œil), effectue sur cette série un travail personnel et intrinsèquement classique, mais qui apporte une brise de fraîcheur sur ce sujet maintes fois revisité. Sous ses crayons, Dorothy semble aussi frêle qu’une plume dans le vent, l’Epouvantail a l’air d’un Sackboy éveillé mais innocent, l’Homme de Fer moustachu ressemble à un Nietzsche insensible alors qu’il ne demande qu’à aimer, et le lion d’une grosse peluche peu crédible en roi de la jungle voulant être craint de tous. Bref, au niveau des personnages, Young donne une profondeur intense à ces simples êtres de papier, tant et si bien qu’ils nous paraissent terriblement humains. On est bien loin ici des stéréotypes balourds de la version celluloïd, qui se revendiquait plus de la comédie musicale premier degré que du film fantastique nuancé. Ici, la méchante Sorcière de l’Ouest est plus proche d’une Baba Yaga inspirant une peur viscérale que de l’image d’Epinal aperçue dans le film. S’il existe une double lecture possible de ce roman graphique, c’est donc bien dans la grâce des dessins plus que dans l’histoire elle-même, tant les traits des personnages débordent à la fois d’innocence et d’une certaine poésie mélancolique. Les paysages sont pour leurs parts touchants de simplicité, mais prennent du relief grâce au travail du compagnon d’aventure graphique du dessinateur.

On notera en effet l’excellent travail du coloriste J-F Beaulieu qui vient parfaitement compléter les dessins de Skottie Young en leur apportant une palette de couleurs fabuleuse. Beaulieu, qui n’en est pas à son coup d’essai, donne le meilleur de lui-même à travers des lavis aux nuances pleines de volupté. Chaque scène est un plaisir pour les yeux et y gagne une personnalité propre, comme les flashes-backs des récits des personnages teintés d’un sépia nostalgique, des nuits bleues métissées de Matisse, et un royaume d’Oz aux milles tons évoquant les plus belle pierres précieuses, de l’émeraude aux teintes de Jade, en passant par le vert turquoise. Le soin apporté à la lumière est tout aussi remarquable et apporte aux cases une profondeur et une texture digne de tableaux de maîtres.

C’est donc une adaptation visuelle d’une qualité exceptionnelle que nous livrent les deux artistes par leur collaboration, ce qui fait de ce recueil un véritable petit bijou. Mais cette pierre précieuse est-elle sertie d’un écrin à la hauteur ?

L’édition Panini

Les terribles singes volantsC’est là malheureusement le seul petit point négatif que l’on pourrait avoir sur la brochure publiée par Panini. Si l’œuvre en soit est une merveille tant au niveau de l’histoire que des dessins et couleurs, cette édition souple, fragile et peu coûteuse à produire ne lui sied guère, et desservirait même le produit. Certes, le prix est en adéquation avec la qualité du format, puisqu’il ne vous en coûtera que 16,30€ pour vous parer de cet ouvrage indispensable, mais l’objet en lui-même fait bien pâle figure comparé à son contenu.

On aurait rêvé d’une double édition comme a déjà su le proposer Panini par le passé avec Watchmen où la mini-série 5 Ronins, avec d’un côté le format économique broché proposé ici pour toucher le plus large public possible, et une édition plus luxueuse avec une couverture cartonnée et des extras plus fournis. Une rapide biographie des auteurs, les couvertures originales et quelques ébauches de travail restent en effet les bienvenus mais sont pratiquement devenus la norme en matière de bonus aujourd’hui. On le sait, Panini est à l’écoute de son public, et la doléance étant assez générale quant à cette édition, peut-être nous ressortiront-ils une version plus luxueuse de cette œuvre à l’occasion de la sortie des prochains volumes. Sous forme d’un Omnibus ou d’un Absolute par exemple ?

Avis
La légendaire Cité d'OzVous l’aurez compris, et je rejoins le sentiment général de l’équipe sur cette sortie, c’est encore une fois un Buy Absolu pour Le Magicien d’Oz, qui a d’ailleurs reçu l’Eisner Award de la meilleure série limitée en 2010. Le récit reste certes classique mais d’une écriture somme toute fluide et se dévore d’une traite, et les dessins sont à couper le souffle si bien qu’on se surprend à admirer longuement certaines pages. Une chose est certaine, l’ouvrage est un bon investissement car il sera sorti de la bibliothèque plus d’une fois, qu’il soit savouré seul ou lu à plusieurs en famille, car l’histoire touchera le coeur des petits comme des plus grands enfants. C’est de plus une idée de cadeau parfaite pour les fêtes de fin d’année, période propice aux veillées et autres lectures au coin du feu. À acheter d’urgence !!!

 

Les adieux

A propos Jean-Lau 20 Articles
Fan #1 devenu au gré des rencontres membre de l'équipe, il partage ses coups de cœur comics, cinés et animés ainsi que sa passion pour la bande dessinée en général.

2 Comments

  1. Vraiment magnifique. je le donnerai à mes enfants quand il voudront lire des bd comme papa.
    super unspoken agréable à lire. Merci jean lo.
    par contre j’aime bien l’édition panini, je la trouve pratique et bien plus solide que les éditions hard cover noire de urban 

  2. Merci de ton commentaire et de tes encouragements.

    Quant au choix du format, tout dépend de l’utilisation que l’on veut faire du livre. S’il s’agit de le lire régulièrement sans y prêter plus d’attention, la version souple est effectivement idéale. S’il s’agit d’un ouvrage à lire en famille comme un livre de contes de fées, un objet de collection qui nous remémorera à l’avenir de bons moments passés ensemble, je trouve – mais cela n’engage que moi – que le format fait un peu cheap et fragile.

    D’où mon idée de proposer deux versions. Une cartonnée pour le plaisir de l’objet et une souple pour les lectures fréquentes. Chacun y trouverait sûrement son compte, comme chacun peut choisir aujourd’hui pour les sagas Marvel rééditées par Panini en format livre entre l’édition Deluxe (si elle n’est pas épuisé) qui est un produit haut de gamme destiné aux collectionneurs, et sa version économique dans la gamme Sélect.

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