Superman Tome 1 – Genèse (Unspoken VF)

Crédits 

Scénario : Grant Morrison

Dessin : Rags Morales, Brent Anderson, Andy Kubert

Épisodes : Action Comics 1-8

Éditeur VO : DC Comics

Éditeur VF : Urban Comics

Date de sortie :  28 septembre 2012

Avis :  Après la version John Byrne à la fin des années 80 , nous avions eu droit à une nouvelle modernisation du mythe de Superman au début des années 2000 par Jeph Loeb, puis encore une fois quelques années plus tard par Mark Waid dans le Superman Birthright (qui reste ma version préférée au passage, notamment pour sa Lois qui sait botter des arrières trains..) et enfin nous avions eu, il y a à peine 2 ans, la version ultime « promis craché cette fois c’est la bonne on ne reviendra plus dessus, la preuve on met le pro ès continuité sur le scénario » de Geoff Johns, nous avons la dernière version des origines de Superman cette fois par Grant Morrison au scénario, qui devrait rester en place jusqu’à la prochaine décision judiciaire qui interdira à DC d’user de tels ou tels éléments, et alors nous aurons la nouvelle version ultime et ce sera reparti pour un tour…

Vous l’aurez compris, outre le manque chronique d’inspiration de DC  pour raconter de nouvelles histoires sur Superman se sont ajoutés des facteurs extérieurs qui ont poussés l’éditeur à nous sortir Superman : Year One chaque année depuis 10 ans.

Scénario : Pourtant malgré ce flot de différentes origines, le talent des différents scénaristes a fait qu’à chaque fois nous avons eu un récit différent, parfois plus porté sur le côté humain du personnage, parfois plus sur son héritage kryptonien. Cette fois Morrison met clairement l’accent sur le côté humain du personnage, avec un héros à peine sorti de sa campagne, qui débarque à Metropolis alors que ses pouvoirs sont encore balbutiants et qui décide de s’attaquer aux corrompus et à la protection des plus faibles, entendez les plus pauvres.

De manière évidente, Morrison ne fait pas que ramener Superman à ses bases de manière visuelle, son costume se résumant au départ à un T-Shirt et à sa cape ce qui rappelle bien entendu le costume assez schématique qu’il portait en 1938, il revient, dans l’Amérique en crise de 2011, à l’idée que deux auteurs ont eu dans l’Amérique de la grande dépression. Ce Superman là, si il continue de combattre des monstres aliens et des savants fous (son fond de commerce en somme) est aussi là pour l’homme de la rue qui se fait expulser de sa baraque par des banquiers qui n’en ont rien à foutre.

Cette idée fait que sur les premiers épisodes, on a moins l’impression de relire encore une fois la même histoire, ce qui est un des problèmes principaux des comics Superman depuis plusieurs années. Dès lors on peut regretter que Morrison n’aille pas plus loin et que les éléments traditionnels soient aussi dominants par la suite. En fait on comprend bien la quadrature du cercle à laquelle le scénariste était confronté en revenant ainsi encore une fois sur les débuts du perso.

Soit il introduisait uniquement des idées neuves, et dès lors on aurait pu crier à la dénaturation complète du mythe, soit il restait le plus fidèle possible et alors souffrait d’un manque patent d’originalité. Coincé entre l’impératif de renouvellement et le respect des bases, Morrison ne parvient jamais vraiment à imposer sa marque.

Cependant si ce récit a des défauts assez important, il a aussi de nombreuses qualités qui en font une des meilleures histoires de Superman depuis longtemps. Mais comme je l’ai déjà dit, vu le piètre niveau de Superman ces dernières années, même un Morrison en petite forme parvient à faire mieux.

L’une des qualités de ce comics est que le scénario est fidèle au titre du comics : à savoir Action Comics. S’il y a de la place pour une intrigue poussée, Morrison s’amuse à déchaîner Superman, on le verra par exemple jouer avec un boulet de démolition contre un char d’assaut. Chaque épisode laisse ainsi une grande part à de l’action décomplexée qui se veut spectaculaire, Morrison et Morales embrassant tout le potentiel visuel du personnage. Le plus intéressant dans ces scènes est que Supeman n’a pas son niveau quasi divin de puissance, dès lors on le voit souffrir, saigner et vraiment forcer quand il est obligé de pousser ses pouvoirs à son maximum.

Par ailleurs l’autre bonne idée du scénario est la nouvelle caractérisation de Clark Kent qui au final n’est pas très différent de Superman, chacun utilisant ses propres outils dans le même but. Ainsi alors que Superman s’attaquera à la corruption par la force, Clark utilisera sa plume. Une plume qui à ses débuts n’est pas au service du Daily Planet, alors détenu par un homme d’affaires que Clark essaye de faire tomber, mais pour le Daily Star, qui n’est autre que le journal d’origine dans lequel travaillait Clark en 1938 lors de sa création.

Idem pour Loïs Lane et Jimmy Olsen. Nous avons ici des versions légèrement revisitées, puisque Clark ou Superman ne font pas partie des priorités de la jeune femme, qui vit cependant en concurrence avec Clark, ce qui donne assez souvent des scènes assez tendues entre eux. J’ai été assez vite rassuré de voir que Morrison n’avait pas repris ce que je considérais comme une erreur dans le Secret Origins de Geoff Johns, à savoir que Loïs ne mouille pas sa culotte dès qu’elle voit Superman et que son QI ne chute pas de manière vertigineuse en sa présence.

Comme je l’ai dit, au delà de ces nouveautés, nombre d’éléments traditionnels sont présents, tels Lex Luthor qui reprend son rôle de savant fou, le général Lane aussi, ainsi qu’un autre vilain que je ne vous spoilerai pas. Cependant c’est avec l’arrivée de ce personnage que l’effet « la vache c’est moi ou j’ai déjà lu ça l’année dernière et l’année d’avant, et attends il y a 3 ans aussi !!! » est le plus fort. Son arrivée, comme son plan ont un effet de déjà vu ont ne peut plus prononcé. Morrison fait son possible pour essayer de s’approprier cette partie, mais ces éléments vous feront furieusement penser au run de Geoff Johns.

Dès lors si le récit plaira à de nouveaux lecteurs qui veulent commencer à lire du Superman, pour de vieux lecteurs comme moi il se révélera plus décevant car pas assez innovant pour du Morrison.

– Par contre certains épisodes laisseront une partie des nouveaux lecteurs sur le carreau. En effet outre les épisodes dessinés par Morales, vous trouverez à la fin du volume deux épisodes toujours scénarisés par Morrison mais dessinés par Andy Kubert qui voit une attaque d’un groupe de vilains contre Superman dans le passé. Le récit est passablement complexe, avec en plus l’intervention de 3 membres de la Legion (à nouveau bonjour le run de Geoff Johns). Si vous avez mal à la tête à la fin de la lecture de ces deux épisodes rassurez vous c’est normal !

– Outre ces 8 épisodes signés Morrison, Urban publie aussi le contenu des back-ups qui accompagnaient ces épisodes en VO. Scénarisés par Sholly Fish, que je ne connais pas désolé, ils s’attardent sur certains éléments que Morrison a laissé de côté comme la nouvelle version de Steel, les parents de Clark ou encore son départ de Smallville. Ces petits épisodes sont assez inégaux dans l’ensemble, mais j’ai particulièrement apprécié ceux dessinés par CrissCross (un grand dessinateur que je trouve sous-utilisé par les éditeurs). Celui s’attardant sur les Kent alors et leur désir infructueux d’avoir un enfant est particulièrement touchant et bien réalisé.

Dessin : Du grand Rags Morales sur le premier arc qui se déchaîne sur les scènes d’action. On peut regretter qu’il n’ait pas pu tout assurer, ainsi Brent Anderson signe quelques pages ici ou là, et Andy Kubert signe deux épisodes, mais vu la qualité des artistes invités on ne peut pas se plaindre. Enfin Gene Ha nous réserve aussi de très belles pages, son style riche et inventif est ici mis à profit pour nous représenter cette nouvelle version de Krypton. Au passage son interprétation de Krypto est géniale…

Pour les back-ups, j’ai déjà dit tout le bien que je pensais de CrissCross, qui devrait dessiner Superman selon moi mais passons. Enfin Brad Walker signe les pages consacrées à Steel et il arrive à sauver un scénario assez peu inspiré selon moi.

Édition VF : Du très grand travail de la part d’Urban. D’une part ils ont décidé de ne pas suivre la publication américaine. Comment cela pourrait-il être un avantage me direz vous ? En fait à l’origine les épisodes dessinés par Andy Kubert constituaient une sorte d’interlude entre les épisodes 4 et 7. Ils avaient été produis au départ pour permettre à Morales de reprendre son souffle, sauf que cela avait pour grave défaut de couper le récit en deux au moment où il commençait enfin à décoller… Ici point de coupure dans le récit, on reste donc bien plongé dans l’intrigue et on l’apprécie d’autant. Les épisodes signés Andy Kubert sont eux publiés en fin de volume après les back-ups.

D’autre part, en bonus nous avons aussi une petite galerie des couvertures variantes, signées notamment Jim Lee ou Gene Ha, mais aussi des commentaires de Morrison et Morales sur certains passages de leur Action Comics 1.

Note : 8/10 – il ne s’agit pas là du meilleur travail de Morrison sur Superman, notamment par rapport à son chef d’œuvre que représente All-Star Superman, mais comme il s’agit désormais de la nouvelle origine du personnage, ce tome est à posséder par tous les fans

 

A propos Sam 1984 Articles
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3 Comments

  1. Très bonne critique , bon sur Steel et sa casse bonbon de nièce , je regrette sa réécriture et l ‘ élimination de facto de 52 . J ‘ aime bien ce Superman ultra mélanchoniste ( qui semble conservateur à coté ) , il faut reconnaitre et je me répète , c ‘est DYNAMIQUE et j ‘ espère que le film le sera tous autant …

  2. Bon article !
    Pour ma part, ça fait bien longtemps que Superman ne m’intéresse plus. Je jetais un coup d’oeil de loin (ah il a un fils, ah non pas là, tiens ici Pa Kent est mort, les multi-personnalité de Zod…)
    Avec les news 52 qui arrive, nouvelle origine, je saute le pas ! 
    Je suis assez mitigé sur l’arc, une nouvelle origine pas si nouvelle (mais si il avait vraiment changer les origines des gens auraient mis sa tête à prix), mais surtout c’est qu’il n’y a rien de nouveau. 
    Le vilain principal (encore lui ! C’est limite plus de spoil que de dire son nom…)
    L’idée du costume de départ (jean et t-shirt) est génial, mais l’idée pour le nouveau costume est très mauvaise.
    Il n’a pas rendu Steel plus intéressant qu’il ne l’était (bof), j’ai bien aimé la relation Loïs Clark et les quelques clins d’oeil !
    Niveau dessin, Morales fait du bon boulot mais peu mieux faire sur certaines pages.
    Et pourtant à la sortie de ce bouquin je suis sortie en ayant passé un bon moment. Et c’est le principal quand on lit un comics. Donc je le conseille quand même ! En espérant qu’avec la sortie du film les origines ne soient pas encore Re-re-re-re-re-re-modifier (j’en ai ptête publier un ^^!…)
    Sinon au niveau du bouquin, comme dab Urban nous fait du bon boulot pour un prix plus que raisonnable.
    A prendre en attendant Animal Man et Swanp-thing !

  3. Super critique Sam, comme d’hab. Et je te rejoins totalement sur heu… à peu près tout les points haha.

    Sinon, je rajouterais quand même que le Hardcover VO a lui aussi les épisodes dans le « bon ordre », si je puis dire ainsi (en mettant l’interlude à la fin donc). Ce qui a vachement plus de sens d’ailleurs et donne je trouve vachement moins mal au crane pour le coup ! En fait d’un coup, j’ai réussi à comprendre l’histoire… C’est fou !

    Et Krypto déchire oui !! 

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