Unspoken VO : REPLICA

Les critiques du Pigeon Redneck

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Petit son de basse. Toodoodoomdoom,

Bienvenue à tous pour le premier volet de cette nouvelle chronique, comme je ne voulais pas trop vous dépayser tout en mode caméléon j’ai choisi une introduction familière, pour se sentir comme à la maison.

Quel est et sera le propos de ce bavardage ?

Je vous le donne en mille : les mang… euh… Les comics bien sûr. En VO. Des appréciés, des adorés, des honnis mais, et ce n’est pas une promesse de politicien, que des lus.

Rentrons directement dans le vif du sujet avec une œuvre récente publiée chez Aftershock, ce jeune éditeur qui voit le jour en avril 2015, se fait une place doucement et propose, à peine sorti du berceau, un catalogue déjà alléchant avec des grands noms de l’industrie comme môssieur Garth Ennis et des titres qui démarrent bien comme American Monster par le génialissime Brian Azzarello accompagné aux crayons de Juan Doe ou encore Second Sight écrit par David Hine et dessiné par Alberto Ponticelli.

Bien entendu, le chérubin ne s’arrête pas en si bon chemin et offre à ses lecteurs de belles promesses après ses premiers pas en nous lâchant des noms pas tout à fait inconnus : Szymon Kudranski, Mark Waid, Wilfredo Torres, Ray Fawkes, Marguerite Bennett, Adam Glass & Pat Olliffe (certaines séries seront sans doute déjà sur les étagères de votre comic shop à l’heure où sera publié cet article).

bookReplicaTout ceci pour dire que LA série de cet éditeur à lire absolument est : Replica, par le couple britannique Paul Jenkins et Andy Clarcke; et puisqu’on ne le fait que trop rarement j’annonce les coloriste et lettreur, respectivement Marcelo Maiolo et Clayton Cowles.

Voilà pour les crédits.

Replica est donc l’histoire de Trevor Churchill un flic en imper’, oui dans cet univers « flic » convient mieux que policier ou agent de la paix. La chevelure bicolorée rose et verte, vous me direz qu’il y a plus discret pour un officier des forces de l’ordre mais c’est sans compter sur son environnement bien plus bigarré : le Transfer. Un lieu d’origine inconnu flottant « à l’épicentre de l’univers connu » et comptant pas moins d’un million d’espèces différentes, autant dire qu’essayer de maintenir l’ordre dans ce joyeux boxon est un euphémisme, notre héros en fera l’expérience et occasionnellement les frais.

À l’arrivée de la vie organique sur ce caillou seule une espèce artificielle la « Machine Intelligence » était déjà présente sur les lieux; elle n’a, depuis, aucune interaction d’aucune sorte avec le reste de la population et personne ne s’aventure sur son territoire à l’ouest du « vaisseau » sous peine de volatilisation pure et simple.

Les forces policières sont appelées FirstWave, Trevor travaille pour le commissariat 174-A-7 sous le commandement de Stoleth, un alien, dont le job, de son propre aveu, ne consiste pas à maintenir l’ordre mais plutôt « empêcher les gens de s’entre-tuer » ce qui est toujours plus difficile lorsque chaque race suit ses propres codes et lois! Particulièrement lorsque la section dont vous êtes en charge est placée sous l’autorité des lois terrestres…

transfer

Sous ses ordres, le héros n’a que des idiots doublés de crétins profonds. Il y a les robots, les « bots », qui comptent dans leurs rangs des spécimens comme Veet-bot qui fait honneur à son nom en traînant bien plus que de raison sur le Toolbox Porn : le porno robotique. Red-bot qui fait aussi honneur à son nom puisque tout bleu; nous avons aussi des êtres physiologiques faits d’os, d’organes, de muscles, de sang et de chair, ne manque que la cervelle. Shudd, un être rosâtre tellement simplet qu’on a envie de lui dire « shudd up » dès qu’il ouvre sa boîte suivi de près dans la nigauderie par Doremi qui malgré son patronyme ne risquera jamais d’aller plus vite que la musique, et puis il y a le champion des champions, le roi des imbéciles comme on dit, aussi bête et orange qu’il est grand et costaud mais attachant pour autant, un gros balourd qui pense plus avec son flingue (celui à sa ceinture et non pas dedans) qu’avec peu importe ce qui lui fait office de tête : le lieutenant Vorgas. Seul Weezik un congénère Shadarr de Vorgas semble avoir été doté de matière grise à la naissance.

Trevor: – Oh, so you know what « glottal » means but not « do not discharge your weapons » ?

Vorgas: – Of course. Your language is very simple.

Trevor: – Yeah? Well, so is your species!

Il faut avouer que n’importe qui avec des collègues comme ceux-là péterait une durite, ce que l’on s’attend à voir Trevor faire en tournant chaque page.

dessin v3

Dessin hommage au personnage de Vorgas

Le comic commence sur les chapeaux de roue par une poursuite rythmée de cette fine équipe après un Grinnex – veuillez prononcer Grn’#x* – de classe samouraï (c’est-y pas la classe ça, hein ?) jouissant d’une immunité diplomatique complète et doit donc, bien sûr, être appréhendé sans une égratignure. Bien sûr. Tout ira naïvement de travers lors de cette chasse annonciatrice de malchance pour le pauvre Trevor, sans répit.

Dans ces conditions de travail surchargé et de collaborateurs demeurés quiconque aurait pu prendre semblable décision quand notre détective passant devant une publicité pour clonage se laisse séduire en décidant de s’offrir une aide valable en la personne d’un autre lui-même qu’il considère, à raison, plus apte que Vorgas & Cie; ce dernier très sceptique face à l’idée fera pour une rare fois preuve de bon sens, ou alors c’était plus de l’intuition, celle du genre qu’on éprouve au fond de ses tripes, ce serait plus le genre du gars; mais peu importe puisqu’il avait raison : encore une fois tout va déraper et Trevor va se voir affublé de pas moins d’une cinquantaine de clones plus l’offre généreuse d’une ristourne de 50% plus un an de consultation psychiatrique gratuit contre 0% de responsabilité des fautifs.

Dès lors nous apprendrons à connaître les clones au fur et à mesure alors que quelques mois plus tard le commissariat 174-A-7 se verra confier une enquête d’une importance majeure : après le meurtre d’un émissaire alien venu pour la signature d’un accord de paix avec une race antagoniste c’est tout le Transfer qui semble en péril.

Le décor est planté, les affaires peuvent commencer.

La première chose qui frappe à la lecture du #1 c’est la ressemblance – vestimentaire – entre le protagoniste principal et le personnage de Rick Deckard joué par Harrison Ford dans le magnifique Blade Runner, film de Ridley Scott adapté du roman Do Androids Dream of Electric Sheep? d’un des auteurs de SF les plus importants dont l’oeuvre sera transposée plusieurs fois au cinéma : Philip K. Dick (je vous conseille au passage de regarder le sujet d’ARTE Creative consacré au monsieur). Au-delà de l’imperméable couleur dégueulasse à grand col sorti tout droit d’un film noir des fifties c’est franchement toute la tenue qui est identique : chemise analogue, cravate et pantalon.

Cette référence vient-elle de l’écriture ou du dessin importe peu, elle fait juste très plaisir et se retrouve jusque dans le titre qui ne peut que rappeler les « replicants » du film, ces androïdes tellement humains que l’on doit effectuer un test pour les différencier de leurs créateurs, le terme a été inventé pour l’oeuvre cinématographique puisque dans le bouquin P. K. Dick parle d’« android » ou « andy », du coup je pencherais plus pour une origine « jenkinsienne ».

blade runner 2

  1. Jenkins, justement, nous gratifie d’une superbe écriture tant dans la narration que dans les dialogues. Ces derniers sont écrits dans un style tout à fait fleuri à l’imagerie plus qu’évocatrice et à l’humour acerbe dont Vorgas sera bien souvent l’objet.

Stoleth: – Tell me, what do you see outside this window ?

 Trevor:  – Lots of lights, commander.

Stoleth: – Indeed. Each one representing some form of alien intelligence.

Trevor: – Except for Vorgas, sir. He’s an idiot.

L’écriture de l’anglo-saxon traîne de bonnes idées.

replica andrew robinsonDu classicisme que l’on pourrait facilement lié avec d’autres œuvres comme par exemple le fait que Trevor conduise une bonne veille caisse de chez nous alors qu’autour de lui gravitent des véhicules en tous genres, cela reste néanmoins très efficace puisque intervient pour nous autres lecteurs une certaine identification avec les origines de notre héros, on vient du même caillou et on conduit aussi ce genre de tacot.

Le Transfer est un monde foisonnant, un million d’espèces cela fait du monde. Cela laisse aussi beaucoup de place à l’imagination pour toutes sortes d’aliens et, de ce point de vue, la finition graphique d’Andy Clarcke est tout à fait en résonance avec son scénariste.

Nous croiserons beaucoup de races plus ou moins imaginatives : les Jul’dans sorte de mollusques dans un bocal qui s’expriment par le biais de l’écriture, les K’tars sont de grands guerriers tout en armure et bandages aimant jouer de la hache, les Scarlets, rouges, menaçants, un brin dangereux et évoquant furieusement une fangeuse classe politique prête à manipuler des lois pour leur intérêt propre (coucou abuseurs de l’état d’urgence et du 49-3). La reine Kya est une géante jaune aux formes généreuses, originaire de la planète Fornik (la naturalisation inter-raciale est-elle possible SVP ?) dont je vous laisse deviner le sport favori et puis certaines sont plus inattendues comme les Vinyieses ces minis ours restaurateurs aux allures de mafieux italiens à la petite moustache du New Jersey qui brassent des millions alors que leur resto est totalement vide ou les Mzultch au physique plus qu’atypique avec des yeux et une bouche à un endroit que nous autres humains n’aimerions sans doute pas avoir, bouche ressemblant d’ailleurs bigrement à un vagin, ce qui, pour le coup, ne déplairait peut-être pas à certains.

Pas facile de composer avec toutes ces races ni avec leurs us et coutumes ce qui engendrera des scènes d’une cocasserie absolument savoureuse.

Il m’est arrivé plusieurs fois d’éclater de rire au détour d’un dialogue ou d’une situation. Je pense à une scène entre Trevor et son psy conduite par des dialogues délectables et d’un naturel renversant.

Le coup de génie vient des clones.

clones

Au début nous ne savons pas exactement combien ils sont, nous ne l’apprendrons qu’au milieu d’un dialogue. Chacun représente un aspect de la personnalité de Trevor qui ne se doutait pas de toutes les facettes que cette dernière pouvait receler et pourra s’en trouver agacé, tellement agacé qu’il en deviendra de plus en plus irritable et désagréable avec ses « moi » au point d’en devenir un véritable, passez-moi la vulgarité, connard; alors bien évidemment il sera de plus en plus détesté par ses copies pour cette raison même.

Trevor: – You’re all idiots. One of you is a dick.

On pourrait croire qu’il serait difficile de s’y retrouver au milieu de la déclinaison multiple d’un même perso mais l’écriture et le dessin sont est assez savants pour justement ne pas nous perdre, chaque clone a sa petite particularité accompagnée du physique adéquat et de son numéro sur le front.

Même si certains veulent être reconnus en tant qu’individu à part entière jusqu’à faire les démarches administratives dans ce sens et être appelés par un prénom comme n°2 qui veut aller par celui de Roger, ce qui ne sera pas sans embrouiller certains bots lors de transmissions radios, lumières qu’ils sont, nous appellerons les copies par leur numéro ce qui est l’usage le plus fréquent.

Certains apparaissent plus que d’autres sur le devant de la scène ce qui permet d’engranger les infos de manière graduelle et savoir de qui on parle quand un numéro est mentionné, 2 (Roger), est donc le mec administratif en cravate chemise blanche, 3 est un beatnik adepte de ganja et de méditation qui participera au comique de Vorgas fasciné par sa main dans le #3, il est aussi le spécialiste médico-légal comme on dit dans les épisodes de CSI, 4 est une sorte de Sherlock perspicace, 5 est défiguré et n’aime pas quand les autre lui donnent le sobriquet de Quas’ (les enfoirés), 6 l’expert technique, sorte de geek au physique rappelant Matt Smith en Dr Who, 9 se fait porter pâle depuis le début de l’histoire si bien qu’on ne l’a jamais vu, 12 est un guérillero au maquillage camouflage et arsenal de circonstance, 14 est un gros mangeur un peu enveloppé comme dirait l’autre, 38 serait une sorte de James Bond tout en classe et costard et 50 qui répond à l’affectueux prénom Kevin s’occupe… du ménage du poste.

Mais où est donc le génie évoqué plus haut ? C’est bien simple : à côté de toutes ses petites infos glanées pour l’identification en filigrane chaque « single » du comic se concentre subtilement sur le clone portant son numéro.

Dans le #1 nous faisons connaissance avec Trevor, puis le deux se focalise sur… bah n°2, le #3 sur n°3 et le #4 sur n°4 et son magnifique moment de gloire lors de la réunion du lundi matin qui a lieu le mardi après-midi (je vous l’ai dit que rien ne filait droit dans cette histoire).

Ce qui est admirable c’est que cette technique s’insère assez naturellement dans la narration pour ne pas être flagrante et sembler couler de source.

J’espère que la série aura assez de longévité pour nous présenter tous les clones et je me demande ce que nous aurons au #9.

planche 02Si l’écriture est remplie de qualités et d’humour le dessin n’est pas en reste, au-delà des points déjà abordés on pourra apprécier des détails bien pensés qui participent à la cohérence et la crédibilité du monde représenté, des seconds plans riches, pas anodins et drôles, des expressions faciales absolument parfaites au service d’un trait fin. Le tout assaisonné d’une colorisation simple mais efficace avec de petits effets de style monochrome dans certaines cases tout à fait à propos.

Pour toutes ces vertus et pour tous les bons moments de lecture j’ai décidé de chroniquer Replica.

Et aussi parce qu’il est plus facile pour un premier papier de parler de quelque chose que l’on aime plutôt que d’en descendre une qu’on abhorre.

Et aussi parce que ça donne une image moins aigrie que de commencer par dire que tel comic ou tel autre est nul ou à chier.

Et aussi parce que j’aime la bonne SF qui se prend pas trop la tête tout en étant intelligente.

Et aussi parce que les couvertures sont très chouettes.

Et aussi parce que… nan, bon allez j’arrête!

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A propos bobtista 1 Article
L'homme qui avait failli se faire attaquer par un pigeon.

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