DC Comics : l’éternel second ?

Alors que je vois les années et les décennies défiler, je me suis récemment rendu compte que pendant presque toute ma vie, DC a été et reste considéré comme l’éternel second du marché. La domination de Marvel comics semble s’être installée dans le paysage comme une évidence, un lieu commun presque jamais remis en cause. Et oui, voilà le genre de choses qui occupent mes pensées avec le boulot…c’était ça ou une remise en cause existentielle …et  personne ne veut de cela, moi le premier. 

Donc aujourd’hui on va parler de DC et de son histoire récente, soit les …40 dernières années. Je ne rentrerai pas dans les détails bien évidemment, mais il me semblait intéressant de revenir sur cette situation finalement assez étrange, car quand on y pense, l’éditeur dispose depuis toujours de tous les atouts pour s’imposer. Il l’à d’ailleurs fait pendant très longtemps. 

Avant tout, je précise que mon commentaire se penchera sur la partie super-héros des publications DC, qui ne représentent donc qu’une partie du monde des comics. Dans ce contexte, on peut voir  l’histoire de DC comme une ascension fulgurante suivie d’un long déclin contre lequel l’éditeur n’a jamais vraiment réussi à trouver de parades, quelque soit l’époque.

I – L’âge d’or à l’âge d’argent ou DC seul au monde

Bien évidemment tout débute avec l’âge d’or des comics de super-héros et la création de Superman dans le fameux Action Comics # 1 en 1938. Je ne vais pas vous refaire l’histoire de cette époque, nous savons tous ce qui a suivi, à savoir le début d’une longue domination sur le genre super-héroïque alors que les créations s’enchaînent : Batman, Wonder Woman, Hawkman et bien d’autres. Je ne sais pas trop si la première partie des années 50 compte vraiment cependant puisque sous la pression de l’opinion publique, la production super-héroïque se réduisit comme peau de chagrin et DC est alors un peu un vainqueur sans concurrent et l’intérêt du lectorat se reporte sur d’autres genres : horreur, polar, romance…

C’est dans ce contexte morose que DC relance un nouvel âge pour les super-héros et la création de Barry Allen comme nouveau Flash en 1956 dans Showcase # 4. Le titre marque le début d’une renaissance pour l’univers super-héroïque de DC et le genre en général avec le renouvellement des principales franchises de la maison. L’univers DC se reconstruit, se régénère alors autour de ces quelques figures, tout en faisait tourner Batman et Superman sur les mêmes bases, sans trop bousculer les formules en place. Il semble à ce moment  que rien ne puisse contester la suprématie de DC sur le marché. Il y a DC et tous les autres. 

II – L’arrivée de Marvel Comics : le début de la fin. 

Le développement de l’univers de Marvel Comics au début des années 60, principalement à partir de Fantastic Four # 1 commence cependant à changer la donne. Les bouquins de Marvel disposent d’un autre ton, plus frais, qui sans être adulte n’est plus vraiment pour les enfants et parle à une nouvelle génération plus proche de l’adolescence. La réaction de DC en face est assez symptomatique puisqu’elle aura tendance à se reproduire au fil des années suivantes : à savoir aucune, à part penser que cette concurrence ne remet rien en cause et qu’il faut continuer comme avant. Tout finira par revenir à la normale…ce n’est qu’un petit blip sur le radar du monde des comics, un petit nuage dans un ciel toujours bleu. 

Et quand on voit les chiffres de ventes (disponibles sur Comichron), on comprend pourquoi. Si les FF, Avengers et autre Spider-Man vendent très bien…ils n’atteignent pas les chiffres des best seller de la maison : Superman et Superboy qui écoulent gentiment quelques          800 000 ex chaque mois…Les chiffres de Marvel sont plus difficiles à obtenir, mais l’on sait qu’à la fin des années 60, les ventes de DC restent assez stables tandis que les titres Marvel plafonnent entre 350 et 400 000 ex. 

III – Le déclin 

De fait, le grand tournant sur le marché se produira à la fin des années 70/début des années 80 après la fameuse implosion DC de 1978. Pour ceux qui ignorent le phénomène, en 78, DC fut contraint en quelques semaines d’annuler près de la moitié  de sa ligne de comics après une vaine tentative de noyer le marché (et Marvel…) , dans un contexte de contraction sévère du marché et de baisse de ses revenus. Plusieurs facteurs ont contribués à ce phénomène, entre le changement générationnel dans le lectorat qui intervient en général tous les 5/7 ans, les relations difficiles avec les newsstand (kiosques américains) et un déclin qui s’est amorcé et accentué tout au long de la décennie 70. 

Alors que l’univers Marvel de la fin des années 70 n’a plus grand chose à voir avec celui du début des années 60, un changement qui va s’accentuer au début des années 80 avec Jim Shooter à la barre de la maison, DC semble de son côté plus …figé, clairement engoncé dans ses habitudes, et ses formules. Il est de fait difficile de faire la distinction à de rares exceptions entre les comics produits au début des années 70 par DC et ceux publiés 10 ans plus tard. Le ton et l’aspect visuel sont relativement proches et il est fréquent de voir les mêmes artistes demeurer sur les mêmes franchises. 

Il est aisé de se référer pour cela aux esthétiques de Batman et Superman. Ce dernier reste conforme aux codes visuels établis par Curt Swan, qui reste l’artiste de référence tandis que Batman respecte de son côté le moule et l’aspect établi par Neal Adams presque 10 ans plus tôt. 

C’est vraiment là à mon sens que Marvel prend le dessus sur DC, voire laisse l’éditeur loin derrière au début des années 80. Il est malheureux que nous ne disposions pas de données plus précises sur le marché de l’époque mais si je devais émettre un pronostic sur le moment où Marvel prend l’ascendant, je le placerai à cette période. Nous savons cependant (là aussi grâce aux données recueillies par le site Comichron) que les ventes des principales franchises de l’éditeur atteignent un plus bas historique au début des années 80. Batman passant même sous la barre des 100 000 unités vendues par mois entre 1984/1985, alors que dans le même temps les ventes de Marvel ne cessent de progresser (ASM repassant par exemple la barre des 300 000 ex vendus au même moment). 

IV – La crise de la cinquantaine 

Heureusement, comme nous le verrons fréquemment par la suite, DC a, et peut toujours compter sur des jeunes auteurs passionnés pour relancer et moderniser les choses. À cette époque ce furent Marv Wolfman et Georges Perez qui furent à la manoeuvre, bien que l’éditeur compte en son sein d’autres créateurs qui joueront plus tard un rôle important. Entre un Keith Giffen alors sur la Légion, ou Mike Grell alors sur Warlord. Bien conscient de la nécessité de donner une nouvelle impulsion à son univers, d’attirer de nouveaux auteurs, et de rendre son univers vieux de presque 50 ans plus accessible, l’éditeur accepte la proposition de Wolfman de simplifier les choses avec Crisis on Infinite Earths. 

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Un travail de titan (jeu de mots involontaire mais que j’apprécie) qui demande au scénariste plusieurs années de préparation, mais qui va largement payer, alors que le crossover permet à DC de vraiment se repositionner sur le marché des comics, de revenir au niveau de Marvel et pendant quelques années de représenter un concurrent acharné. On peut clairement voir un regain créatif et commercial dans la période 86/89 chez DC. 

L’exemple le plus frappant est bien évidemment Batman qui en quelques années va enchaîner les récits qui encore aujourd’hui demeurent des références : Dark Knight Returns, Batman Year One, Killing Joke…Mais DC va également bénéficier de l’arrivée de nouveaux talents venus de …Marvel ! certains auteurs n’appréciant guère le règne de Jim Shooter sur Marvel, vont trouver refuge chez DC. Le plus célèbre étant sans aucun doute John Byrne qui relance alors Superman tout d’abord avec Man Of Steel avant d’assurer l’écriture (avec du soutien) de la plupart des séries de la franchise. 

DC profite de l’occasion donc pour confier ses franchises les plus célèbres à de nouveaux talents ou des auteurs confirmés suivis par un public fidèle, pour recréer son univers. Les origines des personnages sont modernisées, certains recommencent leurs aventures au début (comme Wonder Woman), tandis que des tons et des approches visuelles très différentes sont apportées à d’autres (comme la JLA de Giffen, Dematteis et Maguire). 1989 marque d’ailleurs un sommet pour DC qui porté par le succès de Batman au cinéma (et l’émergence d’une nouvelle Batmania) va connaître un énorme succès…Mais les choses évoluent très très vite sur le marché ! et l’on peut être le roi du monde une année, et un navire en perdition l’année suivante…

V – L’arrivée d’une nouvelle génération 

Comme je l’ai souvent dit…DC est depuis toujours un éditeur partagé entre deux tendances fortes. D’un côté les traditionalistes et de l’autre les modernistes. On pourrait faire le même commentaire pour tout éditeur disposant d’un univers aussi ancien. Marvel n’échappe pas à cette règle, mais elle est bien plus forte chez DC.  Et la première vraie césure apparaît dans l’univers post Crisis. Car si il y a une vraie énergie, un vrai souffle novateur qui souffle sur tout ce petit monde…il y a aussi de fortes résistances au changement. 

L’exemple le plus célèbre est sans doute le Superman de Byrne. L’auteur a en effet révélé que la raison principale de son départ réside avant tout dans les nombreux désaccords rencontrés avec le staff édito qui avait encore en tête l’idée de faire du Superman à l’ancienne, de ramener les codes visuels de l’ère Swan…bref, de défaire tout ce qu’il essayait de faire chaque mois. Si bien qu’à peine quelques années après cette relance généralisée…les choses recommencent quelque peu à stagner au moment même où de nouveaux auteurs arrivent chez Marvel et vont sérieusement bousculer les choses.  

Si la fin des années 80 est marqué par un certain renouveau…le début de la décennie 90 sera l’exact opposé. Ce qui va pousser l’éditeur à réagir. 

Jim Lee, Todd McFarlane, Rob Liefeld, Marc Silvestri…tous les nouveaux auteurs chéris de l’industrie sont alors chez Marvel et c’est sur leurs noms que des titres comme le relaunch de X-Men, le lancement d’une nouvelle série Spider-Man, ou X-Force vont être bâtis. Alors que la bulle du marché est en train de grossir, que les spéculateurs arrivent en masse pour tenter d’en profiter et que les médias portent un coup de projecteur sur l’industrie…DC est alors complètement hors du coup. Son style maison qui est alors très marqué par les années 80 apparaît dépassé et désuet et ses héros déconnectés des envies des jeunes lecteurs qui veulent des héros plus violents, sombres et avec une morale plus légère…

Les retombées sont telles qu’à la fin de l’année 91, DC ne place plus aucun titre dans le top 30 (à part une mini série Lobo de temps en temps) et représente désormais moins de …20% des comics vendus. Il suffit de voir la situation de Superman pour se rendre compte du déclin de l’éditeur. Les titres de la franchise en 91…arrivent à la toute fin du top 100 des ventes ! les choses en étaient arrivés à un point où même une mini série Wonder Man vendait plus que Superman…le symbole même de la maison d’édition !

VI : les années 90 où les grands bouleversements 

Il fallait réagir…et c’est dans ce contexte que la saga de la Mort de Superman fut pensée. Si les auteurs de l’époque aiment à dire qu’ils ont tués le personnage pour retarder son mariage avec Lois dans la perspective du lancement du show Lois & Clark qui présenterait les personnages comme célibataires. Les chiffres racontent une toute autre histoire. De fait, 92 peut être vue comme le début d’une contre offensive de la part de DC qui n’ayant rien à perdre va tenter à partir de là de suivre le rythme de ses compétiteurs à grand coup de sagas fleuves avec des moments chocs : mort de Superman, Batman brisé, Green Lantern rendu fou puis remplacé, des personnages anciens rendus plus “extrêmes” pour se conformer aux codes de l’époque, ou nouveaux personnages s’inscrivant dans cette tendance (aahhh…Bloodlines…quel “chef d’oeuvre”…), nouvelle crisis, crossover à gogo…

 

À mons sens, il faut vraiment voir toutes ces grandes sagas DC des années 90 que comme une tentative désespérée de suivre le rythme de Marvel et d’Image et en général d’un marché qui s’était transformé avec l’arrivée d’une nouvelle génération de lecteurs. Je fais un portrait réducteur de la situation pour appuyer mon argument évidemment, et ne prend pas en compte le lancement de Vertigo qui va presque contre le marché de l’époque. Alors que l’on voit se multiplier les éditeurs, uniquement appâtés pour beaucoup par l’argent facile d’un marché en expansion, avec chacun son univers de super-héros, DC lance une nouvelle gamme pour un public plus adulte, mature sans super-héros. Un choix payant au regard de ce qui a suivi. 

De manière ironique, après avoir commencé la décennie 90 de manière catastrophique, DC va faire mieux que tenir le rythme : l’éditeur reprendra sa place de premier éditeur du marché dans la seconde partie de la décennie…mais presque par défaut. En effet après les premières années exubérantes, le marché doit faire face à l’explosion de la bulle, le premier déclin d’Image et surtout la faillite de Marvel. Dans cet océan d’incertitudes, DC apparaît presque comme un îlot de stabilité. 

Pour la première fois depuis longtemps, DC reprend donc la tête du marché entre 1997 et 1998, mais comme je l’ai dit avant tout en raison des difficultés de son concurrent direct. Après plusieurs années de mauvaises gestion, et d’acquisitions hasardeuses…Marvel se déclare en faillite en 1996 et doit réduire la voilure. Alors que l’éditeur vendait une centaine de séries par mois voire plus,  il doit réduire sa gamme à une cinquantaine de bouquins par mois avec de sérieuses coupes de budget, se fermant l’accès à certains auteurs en conséquence. 

De son côté, DC affiche une solidité très importante, entre des ventes toujours bonnes pour ses principales franchises, voire des relances à succès avec notamment la JLA de Morrison en 97, ou des acquisitions importantes comme Wildstorm en 1998, qui amène de manière définitive Jim Lee dans son giron. Mais tout ces mouvements s’inscrivent dans un marché moribond qui ne cesse de se contracter et où la sortie de crise semble ne jamais venir…

C’est à l’orée des années 2000 que les choses vont sérieusement bouger alors que Marvel va se relancer et que DC va de nouveau tenter de suivre. 

VII : les années 2000 ou le duel relancé entre DC et Marvel

Comme je l’ai souvent dit, le début des années 2000 est un peu mon âge d’or en tant que lecteur. Nous en avons tous un. Une période au début de notre vie de lecteur où chaque décision semble aller dans le bon sens, où chaque initiative est excitante, où chaque nouvelle annonce semble promettre des comics encore meilleurs. 

Porté par Joe Quesada et Bill Jemas, Marvel renaît de ses cendres et pousse DC à réagir. C’est un moment important de l’histoire de l’éditeur car ces quelques années marquent l’arrivée aussi d’une nouvelle équipe editoriale chez DC. Le plus célèbre est bien évidemment Dan Didio qui débarque en 2002. Mais il ne faut pas oublier que Dennis O’Neil quitte son poste d’éditeur des titres Batman entre 2000 et 2001 et que la franchise Superman est reprise par Eddie Berganza fin 99/début 2000. 

C’est un passage de flambeaux qui va s’accompagner de l’arrivée de nouveaux auteurs, de nouvelles initiatives, de nouvelles choses pour justement tenter de vraiment rivaliser avec Marvel. C’était une période vraiment excitante où Quesada appelait justement régulièrement DC à se bouger pour suivre le rythme. La concurrence entre les deux éditeurs était vue à raison à mon sens comme un facteur de dynamisme pour toute l’industrie…et DC a répondu, fort ! 

Si je devais situer le lancement des hostilités, le moment où DC a vraiment tenté de sortir de cette mentalité d’éternel second, c’est avec le Batman de Jeph Loeb et Jim Lee. Je sais qu’il est à la mode aujourd’hui d’un peu chier sur Hush…Mais pour l’avoir vécu en direct, pour avoir suivi avec excitation la sortie de chaque épisode, pour avoir connu l’attente avant le début de ce run…je peux vous dire que cela a fait l’effet d’une bombe dont les effets se sont diffusés sur toute l’année 2002 (et oui, cela date de 2002, oui, nous sommes tous vieux ! ça a presque 20 ans !). On pourrait aussi citer le retour de Frank Miller sur Batman, avec Dark Knight Strikes again…et si les ventes furent au rendez vous, je peux vous dire que même au moment de sa sortie, cela n’a pas eu l’impact souhaité (même si je pense que l’on est trop dur avec personnellement). 

Mais le succès du Batman de Loeb et Lee sera aussi symbolique du fonctionnement de DC au cours des années 2000. À savoir un ou deux gros succès…et le reste de la ligne qui peine à suivre. C’est là l’une des grandes différences entre DC et Marvel que j’ai pu noter en me replongeant dans les années 2000 dans le cadre de cet article.

Au cours de cette décennie et notamment la période 2004/2006, la concurrence est portée à son paroxysme entre les deux éditeurs, c’est au cours de cette période que DC parvient vraiment non seulement à revenir au niveau de Marvel en termes de part de marché mais parfois à dépasser son concurrent notamment au moment de la préparation et du lancement de Infinite Crisis puis lors du lancement de 52…mais cela ne va jamais au delà. La domination du marché par Marvel reprenant souvent au bout d’à peine quelques mois. 

On retrouvera de manière étonnante le même phénomène quelques années plus tard au moment du lancement du New 52. Les débuts sont marqués par le retour de DC au top de l’industrie…le temps de quelques mois. On s’en souvient peu mais il a fallu à peine 6 mois à Marvel pour revenir titiller DC et reprendre la tête du marché moins d’un an après le relaunch général de l’éditeur ! Et si l’on garde par la suite un bon souvenir de Rebirth et on fait correspondre ce soft relaunch à une remontée de DC…l’éditeur est resté malgré tout au second rang derrière Marvel durant cette toute période. 

Cela tient à plusieurs facteurs selon moi. 

VIII : une mentalité d’éternel second 

Le premier facteur est la force des franchises. 

Si l’on parle en termes de familles de titres, Marvel dispose globalement d’une ligne plus solide que celle de DC. Spider-Man, les X-Men, les Avengers peuvent à eux seuls supporter plusieurs titres sans problèmes…ce qui n’est pas le cas de Wonder Woman, Flash, ou encore les Titans. En réalité chez DC depuis plusieurs décennies, les seuls familles réelles qui ont pu supporter plusieurs titres en même temps avec de bonnes ventes sont Batman et Superman de manière pérenne. Quelques fois la JLA, mais pas au delà. 

De fait, quand on observe le Top 50, quelque soit l’époque, même au plus bas, Marvel occupait toujours plusieures dizaines de places, là où DC avait du mal à placer plus de 10 à 15 titres. Quand vous avez une telle domination sur ce qui génère le plus ventes, le fait d’avoir un titre ou deux dans le Top 10 ne change pas grand chose. 

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Mais cette force des franchises n’est pas le seul facteur en cause. Car, DC dispose tout de même de certaines des séries les plus connues de la planète. Au delà de Superman et Batman, des personnages comme Wonder Woman ou Flash sont mondialement connus. Alors que dans le même temps, on se souviendra par exemple qu’avant l’anime et les films, les X-Men étaient relativement peu connus du grand public, tout en étant pourtant un monument de l’industrie des comics. Il y a donc une autre raison. En termes de potentiel, DC dispose des moyens d’aller “chercher” Marvel. 

Ce qui nous amène au second facteur, décisif selon moi : le dynamisme général. 

Cela m’a vraiment sauté aux yeux en préparant l’article, Marvel n’est jamais vraiment statique. Même si les changements sont temporaires ou superficiels, il se passe toujours quelque chose. En fait, c’est justement la période où il ne se passait plus grand chose, à la fin des années 90, qui correspond au moment où DC a repris l’avantage. Mais si l’on regarde les 20 dernières années…chaque année, plusieurs de leurs franchises ont toujours tentées des choses. Si au bout d’un moment cela a commencé à tourner en rond à coup de relaunch, de mort de personnage ou d’event…on ne peut nier que Marvel va chercher le lecteur chaque mois, là où DC semble bien plus timide. 

Là où Marvel mobilise ses franchises régulièrement, DC va être plus mitigé et va avoir un ou deux titres un peu dynamiques, pendant que le reste de la ligne vit un peu sa vie sans trop s’en faire. Il n’y a pas cette remise en question, cette énergie, cette envie de secouer le cocotier de manière régulière. Sans doute et c’est un peu l’idée que j’avais en tête au début de cet article, parce que DC s’est avant tout habitué à cette seconde position et à part à de rares exceptions…ne s’est jamais vraiment mobilisé pour y changer quelque chose. C’est presque confortable pour eux de ne pas trop changer, de ne pas se remettre en cause. 

Marvel ressemble de fait à l’enfant turbulent de la classe, celui qui se fait remarquer régulièrement, le petit rigolo au dernier rang qui fait des blagues marrantes, pendant que DC est le bon élève calme du premier rang. 

IX – Conclusion 

S’il y a des facteurs structurels à cette domination de Marvel, il y a aussi des facteurs internes propres à la gestion de DC qui explique cette seconde place au cours des dernières années. Ensuite, la question qu’il faut se poser est : est-ce par conservatisme ? paresse ? vision a plus long terme ? vu les problèmes récurrents rencontrés par l’éditeur, incapables de maintenir son élan au delà de deux ou trois ans,  je dirai un peu tout. Il y a une inertie de base assez forte, générée par le caractère vénérable des personnages qui ont traversés les 80 dernières années qui a généré une culture d’entreprise assez attentiste, qui se conjugue avec un désir de faire les choses sur la durée…

Alors que la maison d’édition connaît depuis quelques mois beaucoup de changements internes, que nous assistons clairement à un changement générationnel dans les auteurs phares de la maison, nous nous trouvons à un moment clé de son histoire. Soit cela sera “business as usual” le temps de stabiliser les choses, soit il y aura de nouveau un grand coup de pied dans la fourmilière. Mais si une chose devait changer à mon sens, ce serait de cesser d’être toujours dans la réaction : à la baisse des ventes, à la concurrence de Marvel. Si l’éditeur veut vraiment s’imposer, il s’agit avant tout de reprendre l’initiative et de se montrer novateur et voire…provocateur…un peu plus comme Marvel en somme ?  l’avenir nous le dira.

A propos Sam 1974 Articles
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6 Comments

  1. Excellente analyse Sam ! J’ai lu tout ça avec plaisir, et je vais me permettre d’apporter ma pierre à l’édifice en soulignant aussi que Marvel, par apport à DC, a un univers partagé bien plus appuyé, et ce depuis au moins une bonne quinzaine d’années.

    Il faut remonter à 2004 (il me semble) avec la reprise en main de la franchise Avengers par Bendis pour voir la formule Marvel prendre effet, et elle va perdurer jusqu’à nos jours. Cette formule est simple : les Avengers deviennent la colonne vertébrale de tout l’univers Marvel.
    D’ailleurs, avant 2004, je ne lisais que Spider-Man… Mais Comme Spider-Man rejoint les Vengeurs, j’ai commencé à lire les Vengeurs… Et comme Iron Man ou Cap en faisaient partis, j’ai commencé à aller voir les comics solo de ces persos… Et comme Wolverine en était aussi, bah je suis allé lire du X-Men… Bref, grâce (ou à cause) de Bendis, j’ai commencé à lire les plus gros ongoing Marvel avant même de m’en apercevoir.

    C’est, on va dire, la première moitié de la formule Marvel. Or, on aurait pu penser que DC ferait enfin de même à partir de 2011 avec les New 52, et une Justice League au centre d’un univers partagé à la Marvel… Avec un Batman ou un Superman qui sont les « mêmes » que ceux aperçus dans leurs titres solos. Mais il n’en n’est rien.

    On peut toujours lire les titre Batman, par exemple, sans que l’on soit pousser à la lecture de Justice League… Pire, certains persos, pourtant écrit par le même auteur en l’occurrence, agissent différemment d’un titre à l’autre. Ainsi, Geoff Johns va écrire Hal Jordan différemment qu’il soit dans Green Lantern ou dans JL. Batman va soutenir la création de la JLI dans un titre, pour se montrer hostile à cette équipe dans leur série propre !

    Et la seconde moitié de la formule, c’est effectivement les Events, avec cela en plus chez Marvel qu’ils vont rassembler TOUT LE MONDE. Là où DC va faire un Trinity War, suivi d’un Vilains United, où, hormis durant un mois consacré aux origines des super vilains, il serait tout à fait possible de passer à coté, pour peu qu’on ne lise pas les titres JL !

    En effet, chez DC, on peut lire Batman, Superman, Green Lantern ou encore les Titans, les 3/4 du temps, les franchises se suffisent à elles même ! On peut suivre uniquement Batman, sans même se rendre compte que Dark Knight Metal, le gros event DC du moment se déroule… Dans sa propre ligne de titres !

    Une chose pareille n’arriverait jamais chez Marvel : durant un Civil War II, tous les titres sont tagués du nom de l’event, et sont tous tie ins (en se demandant parfois même pourquoi c’est tie in tant le lien est mince).

    Bref, il faudrait que DC, un jour, se lance enfin dans une gamme de titre qui fonctionnent de concert, et pas, comme c’est le cas depuis toujours, diverses grosses branches complètement indépendantes, si ce n’est d’elles même. (Par exemple les titres Superman qui sont liés… Plutôt que de lier ces titres au reste de l’univers DC, comme Marvel le ferait).

    • Merci et tu mets le doigt sur un point important, à savoir quand l’univers DC est il vraiment apparu unifié pour la dernière fois ? pour moi c’était vraiment lors de la préparation et le lancement d’Infinite Crisis, avec plusieurs grandes intrigues qui traversaient l’ensemble de l’univers et qui affectaient ou au moins étaient référencés un peu partout. Pas besoin de tout lire pour comprendre, mais on sentait qu’il y avait une direction générale avec des intrigues vraiment ambitieuses et fraiches développées. Je pense personnellement que c’est quelque chose que Dan Didio n’a eu de cesse de reproduire durant les 10 années qui ont suivies sans jamais y parvenir.

      • Ah, c’est vrai Sam, j’avais oublié ces quelques tie ins, dans des séries régulières, à l’époque de Final Crisis !

        Je lisais au départ les séries Batman, et je me souviens de cette fin totalement WTF à Batman #650 (numéro à vérifier, mais de tête), où il y avait d’un coup plusieurs versions de Batman qui apparaissait alors que tout partait en sucette… Et ce n’est qu’en lisant Final Crisis quelques mois après que j’ai enfin compris de quoi il retournait.

        Je crois me souvenir que Justice League aussi portait le bandeau Final Crisis, et qu’il s’agissait d’un arc de Bob Harras…

        Mais cela reste une exception chez DC, la plupart des events (déjà moins nombreux que chez Marvel), ne proposant aucun tie ins dans des titres réguliers (par ex, pas de tie in à Dark Knight Metal dans le batman de Tom King… Encore un truc impensable chez Marvel)

  2. Très bon article et analyse intéressante, et véridique sur certains points (Ce qui fait mal pour un fan DC :()

    Après je dirais que la stratégie de DC n’a pas que de mauvais coté, ne pas vouloir tous le temps chambouler peut permettre de laisser les auteurs faire le run tranquillement avec leur plan en tête sans devoir chambouler le titre tous les 10 numéros.

    C’est vrai aussi que qu’on on regarde les années précédentes, les titres ne semblent pas toujours unifiés quand il y a un event (A part récemment pour Year of The Villains qui avaient touché bcp de titre et renvoyé souvent au titre Justice League où se passaient les éléments importants de l’event).
    Mais en même temps je me dis que c’est pas plus mal. Car le désavantage à vouloir lier plusieurs titres à un event (Tie-in) c’est de perturbé les plans des auteurs qu’ils ont pour les titres ou aussi les forcé à se lier à un event où ils n’ont pas leur places. Car au final c’est bien aussi que les franchises se suffisent à elle même, ça force pas le lecteur à acheter 10 000 titres.

    • Je suis assez d’accord sur le fond. Il faut éviter les excès de Marvel et ces events tous les 3 mois qui se marchent dessus.
      C’est un équilibre à trouver. Ensuite je pense que le second problème est que je n’ai pas ressenti de véritable ambition chez certains auteurs de titres importants de la maison depuis un certain temps, ce qui donne ce sentiment général que les choses sont assez statiques. Cela renvoie aussi à l’idée que DC a besoin de nouveaux auteurs…

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