COMICS VF : LE BILAN 2019

Edito : comme chaque année, je reprends le même discours, à savoir boudiou quelle année ! mon budget a littéralement explosé pour parvenir à tout suivre…bon en grande partie parce que certains éditeurs que je ne nommerais pas ont drastiquement augmenté leurs prix, mais aussi parce que la tendance observée ces dernières années de diversification du marché au delà du super slip s’est largement confirmée. 

Si le bilan qualitatif est largement positif, à tel point qu’encore une fois j’ai du tricher pour caler tous les titres qui selon moi méritaient d’être évoqués dans mon top sans atteindre un top 50 (qui m’aurait tué), le bilan 2019 sera à l’image de la décennie : riche, très riche, parfois trop avec dans le même temps alors que la production a explosé, un comportement des éditeurs qui se rapproche avant tout à celui d’un marché de niche entré dans un cercle vicieux. 

Vous me voyez bien entendu venir avec mes gros sabots, je parle ici de la hausse continuelle des prix que l’on peut observer chez tous les éditeurs et qui excède dans les cas les plus marquants très largement l’inflation. Combien de temps une telle approche sera-t-elle tenable ? je n’en sais trop rien. Mais quand je vois la réaction épidermique de beaucoup de lecteurs à la communication de Panini sur ses tarifs…

PANINI COMICS



a/ Le gros point noir : la grille tarifaire.

Panini reste cependant selon moi un cas particulier. Oh, il est clair qu’ils détiennent à ce stade le titre “d’éditeur le plus cher du marché”, plus cher encore que de petites structures ! Mais il faut aussi prendre en compte un effet ciseau avec Panini : les hausses sont plus notables et dures à encaisser car il s’agit de la maison qui publie Marvel, qui reste l’éditeur le plus populaire sur le marché.


Nos habitudes collectives nous font pencher plus du côté de cet éditeur, donc évidemment quand une grande partie des séries que l’on suit voit leurs prix augmenter plus de que de raison, que ce soit sous format magazine ou librairie, cela devient vite insupportable. Suivre simplement Spider-Man, les Avengers ou les X-Men demande désormais un budget plus que robuste…


Même en simple format magazine, cela est devenu une vraie plaie. Car désormais outre le prix, il faut pouvoir trouver les mags en question ! tout le monde n’a pas un supermarché ou une librairie à proximité ! et quand le prix est déjà un frein, il y a une partie de notre esprit qui se dit : pourquoi ferais-je  l’effort en plus d’aller le chercher très loin de chez moi ?

Le passage à 7.5€ et la réduction du circuit de distribution ont incontestablement fait du mal en 2019 et même si je ne suis pas représentatif, les supermarchés où je me rends ou ma librairie n’ont pas l’air d’écouler beaucoup d’exemplaires. Mais comme je le dis, je ne suis pas représentatif…mais je doute que l’avenir réservé par Panini pour ses mags soit très porteur d’espoir pour ce format historique sur le marché français qui fut la porte d’entrée vers le monde du comics de la plupart d’entre nous.


Malgré tout, une partie du marché gravitera toujours autour de cet éditeur, surtout avec la multiplication des formats hors comics, films, séries TV, plateforme de streaming, jeux vidéos, jouets et j’en passe et des meilleurs qui offrent une exposition jamais vu à tous ces personnages. De manière assez ironique nous sommes entrés dans une période où la marque Marvel est partout et les comics sont devenus la forme la moins accessible pour entrer dans cet univers…

b/ Marvel commence à se relever 

Un phénomène d’inaccessibilité qui survient alors que l’année 2019 a marqué le début d’un renouveau pour Marvel.  Après une période entre 2016 et 2018 peu inspirée, l’éditeur a repris des couleurs et nous avons vu les premiers signes de cette renaissance créative au travers de  belles choses en VF comme : Venom de Cates et Stegman, Hulk de Ewing et Bennett, le Strange de Waid ou la poursuite de bons runs comme le Thor de Aaron ou le Wolverine de Taylor. Et ce n’était que la première vague…mais nous parlerons de 2020 plus tard. 

En termes de bilan sur le fond, l’année 2019 a été avant tout marquée par la fin de la période Legacy, qui ne fut au final qu’une simple transition, vers l’ère Fresh Start bien plus prometteuse et qui a vu la constitution de nouvelles équipes créatives. En fait ce que nous avons eu c’est l’habituel gros jeu de chaises musicales auquel on assiste à peu près tous les 5-6 ans maintenant où les gros auteurs de la maison s’échangent les séries et qui marque en général le début d’un nouveau cycle créatif. Nous l’avons vu en 2012/13 puis 2015/16 et nous l’avons donc revu en 2019,


Les relaunchs intermédiaires ont à mon sens moins de succès car en général les équipes créatives restent au sein de ces cycles globalement les mêmes sur les mêmes séries.

Ainsi, nous avons eu la fin du run décennal de Dan Slott sur  Spider-Man et la reprise du titre par Nick Spencer, des Avengers par Jason Aaron, de Captain America par Coates, de Iron man par …ben Dan Slott et donc la confirmation de la place grandissante prise par des auteurs comme Donny Cates ou Al Ewing qui s’installent de plus en plus comme les prochains architectes de l’univers Marvel pour les années à venir.

Au milieu de tout cela nous avons bien entendu pu constater la poursuite du déclin des X-Men qui prouvent que oui, on peut toujours tomber plus bas, avec une année marquée par l’évacuation des X-Men du passé et donc des derniers apports encore en place de Bendis sur la franchise et du relaunch de Uncanny X-Men…avec le peu de réussite que l’on connaît. Nous reparlerons heureusement et pour une fois de manière positive des mutants pour les perspectives 2020. La première fois depuis des années que l’on va dire du bien des titres X-Men (ça fait même assez bizarre). 

Côté cosmique, l’année a été marquée par la fin du run de Gerry Duggan dans le médiocre Infinity Wars. Je reste très surpris par le manque de réussite de cet event, d’une part au regard du bon run de Duggan sur les Guardians of the Galaxy juste avant et d’autre part…ben tous les ingrédients étaient présents pour que cela fonctionne. Et pourtant à la lecture c’était incroyablement plat et insatisfaisant.

c/ Bilan de la librairie

Du côté de la librairie, si la plupart des publications Panini ont souffert des hausses de prix : 16€ pour du 96 pages désormais, 17€ pour du 112 pages semble être le prix de base, 18€ pour du 126 pages et récemment nous avons vu que le 152 pages était à 20€ et au delà des 170 pages, on vole allègrement dans le ciel entre 22€ et 24€, une petite gamme a cependant continué de résister dans ce déluge : les Marvels Icons.


Avec environ 7 tomes présentant tout le run de Simonson sur Thor, la suite du run de Nocenti sur DD ou encore une autre édition du Punisher de Ennis ou du mutant, la gamme navigue entre séries dont la réédition étaient réclamées depuis des années et des séries qui ont en sont à leur 4e ou 5e rééditions, toute collections confondues. Des collections qui restent toujours aussi nombreuses et peu accessibles, nombre de lecteurs ne devant pas comprendre la différence entre de multiples éditions du même titre.

Concernant les anciens 100%, modèle de base de Panini en librairie, outre la nouvelle grille tarifaire qui est tout simplement délirante, autre point noir selon moi : le changement de charte graphique pour les tranches. Oui, je sais, c’est sans doute imposé par Marvel, ou du moins pour coller aux éditions US, mais passer pour une même série de tranches grises puis sur le tome suivant à une tranche blanche…

Et même pour les bouquins dont les tranches étaient blanches depuis l’origine, à savoir les rééditions…même là il y a du changement avec l’incrustation d’une image…et comme d’autres lecteurs collectionneurs en attesteront, une absence d’unité visuelle dans les étagères…ça fait mal. Je sais, je sais, c’est du débat de vieux. 

Au passage, je n’oublie pas que Panini a également tenté une approche économiquement plus abordable en proposant certains premiers tomes à 10€, à l’image du retour de Fantastic Four ou de Conan. Mais, cela est resté très limité en 2019…et dès le tome 2 pour les FF on s’est tapé des tomes à 18€. Passer de 10 à 18€…là aussi…ce n’est pas très malin.


Enfin, je conclurai sur Panini avec une collection chère à mon coeur, les intégrales, pour laquelle le bilan cette année est plus positif que négatif, mais avec des reproches persistants. En effet, j’adore cette collection, qui permet de découvrir un peu plus le passé de l’univers Marvel, avec une qualité d’édition de bonne qualité (en même temps vu le prix, il y a intérêt).


Cette année fut spécialement riche à cet égard, l’éditeur continuant d’inclure de nouvelles séries et entamant un ambitieux programme de réimpressions d’intégrales en rupture de stock depuis un certain temps et disponibles à des prix indécents depuis bien trop longtemps.

Cependant, il reste des problèmes. Avec ce programme de réimpression, on aurait pu espérer que Panini corrige le problème pointé du doigt par tous les collectionneurs : la traduction. En effet, pour l’instant, les premières années des FF, des Avengers, des FF et de Spider-Man restent publiées avec une traduction peu appréciée et surtout peu respectueuse du matériel d’origine.


L’autre problème est que certaines séries restent pour l’instant exclues des intégrales. Certes, il n’est pas possible de tout publier. Mais on aurait pu espérer qu’à l’occasion de l’exposition de certains personnages au grand public, ils aient droit à leur intégrale, comme le Punisher par exemple. 

Cependant, je comprends bien ici les difficultés de l’éditeur. C’est bien évidemment un équilibre compliqué à trouver par Panini, qui veut sans doute publier beaucoup de choses mais qui s’adresse à un public restreint compris dans une audience elle même limitée.

 

Et pour finir sur Panini et boucler la boucle, malheureusement la gamme des intégrales n’a pas échappé aux dérives tarifaires, la palme revenant aux premières intégrales de Conan, affichant du 35€ pour 192 pages le tome… Et je n’aborderais pas les omnibus, parce qu’on m’a dit que trop m’énerver était mauvais pour mon coeur…mais l’éditeur a particulièrement maltraité les lecteurs avec cette dernière collection.


Bilan global : 

Points positifs :

– la gamme Icons 

– des tomes 1 à 10€

– le programme de réimpression des intégrales
– un programme de réédition en général rapide du matériel récent. 

Points négatifs :
– la grille tarifaire
– les collections de Panini restent incompréhensibles
– des choix de rééditions parfois étranges
– la piètre qualité de certains éditions malgré les prix
– le programme de réimpression des intégrales sans correction des traductions. 

URBAN COMICS

Dans tout cela, Urban a je trouve plutôt bien mené sa barque, répondant aux attentes de nombreux lecteurs sur une partie de leur catalogue (Vertigo), la confirmation de leur politique d’auteur prolifique indé (Lemire, je te vois), tout en (ne nous en cachons pas) s’appuyant toujours beaucoup sur Batman. Mais sur ce dernier point, je dirais que leur politique est avant tout le reflet de la politique éditoriale de  DC aux USA.

Au delà de Batman, l’année été marquée par plusieurs événements :

– l’arrivée du Superman de Bendis. On en pense chacun ce que l’on veut, mais cela reste un événement. Superman qui globalement a été mieux traité que les années précédentes, avec notamment l’arrivée du Superman : City of Tomorrow qui a permis la réédition du run Loeb/Mcguinness en VF.


– la relance de la Justice League sous la houlette de Scott Snyder et James Tynion Iv. Pour l’instant seule la Justice League Odyssey n’a pas été édité en VF, mais comme la seule question sur cette série est de savoir quand elle sera annulée par DC, son absence en France n’est guère importante à mon sens ;


– l’arrivée du Green Lantern de Grant Morrison, après la fin du run de Robert Venditti et comme vous avez pu le constater, le scénariste écossais part dans une toute autre direction !

 

– pas grand chose à noter du côté de Flash qui poursuit son petit bonhomme de chemin côté série Rebirth, même s’il faut noter que la guerre des Flash va influencer le cours de la série pendant encore un bon moment et toujours la réédition du run de Geoff Johns, désormais au rythme d’un tome par an.


– en termes de séries de super-héros, je dirais que la grande oubliée demeure Wonder Woman. On attend toujours le tome 2 de Terre 1 par Morrison et Paquette. La série rebirth n’a guère brillé, mais là la faute réside plus chez DC qui a mon sens a négligé le personnage ces derniers temps avec une succession de runs peu inspirés. Cependant sur ce personnage, il est fort probable que l’éditeur attende la sortie au cinéma du prochain film pour relancer la machine.

– au delà, nous avons pu constater que l’éditeur avait justement profité de la sortie de certains séries sur la plateforme de streaming de DC pour s’attaquer à certaines séries attendues de longue date : le Swamp Thing de Moore, la Doom Patrol de Morrison ou encore les classiques New Teen Titans de Wolfman et Perez ! comme quoi, quelques fois, la convergence entre médias a du bon !


– par contre étrangement l’autre grand absent de l’année 2019 en VF est Neil Gaiman. Oh Urban a continué de publier l’adaptation d’American Gods mais pour la seconde année consécutive, point de séries liées au Sandman universe en France : pas de Death, aucun titre dérivé…Nous savons désormais que le titre est en cours d’adaptation par Netflix (sans doute pour une arrivée en 2021). Peut être que l’éditeur attend justement que cet univers revienne sur le devant de la scène pour oser s’y attaquer de nouveau.


– enfin, du côté de l’indé, pas grand chose à signaler. J’ai surtout l’impression qu’Urban s’est appuyé sur ses auteurs phares : Vaughan, Lemire, Remender, sans aller beaucoup plus loin. Mais là aussi, je pense que ce n’est que la traduction d’une baisse de l’indé aux USA au cours des deux dernières années qui ont vu moins de nouvelle séries à succès émerger. Les quelques rares réussites ont de fait été publiées ailleurs, mais là aussi l’année 2020 s’annonce plus prometteuse. 

Bilan global : 

Points positifs : 

– l’arrivée de titres attendus 

– la grille tarifaire la plus adaptée du marché 

– une politique éditoriale globalement cohérente et en phase avec l’actualité 

Points négatifs : 

  • certains titres restent encore attendus ;

pas d’informations sur les séries interrompues : JLA de Giffen & Dematteis, Suicide Squad d’Ostrander ou encore le Superman de Byrne ;

DELCOURT COMICS


En introduction, je noterai également que Delcourt a eu une très bonne année, toujours d’une grande qualité comme vous pourrez le noter au nombre de titres que j’ai sélectionné chez eux dans mon top (oui j’aguiche), avant le grand chamboulement en 2020 et la fin de Walking Dead.

En fait, je me demande même si Thierry Mornet et son équipe n’ont pas une ligne directe avec mon cerveau, car ils semblent bien savoir ce que je vais aimer. Alors que les autres éditeurs ont été assez frileux sur les nouvelle séries indés, Delcourt a su aller chercher les nouvelles séries qui montent comme Farmhand, ou aller nous publier des séries cultes comme le Stray Bullets de David Lapham, qui est sans conteste l’un de mes coups de coeur de l’année.


Outre ces deux séries, pour moi l’un des événements de l’année 2019, que je signale dans mon top, est la fin d’Invincible, une série qui m’accompagne depuis plus de 10 ans maintenant et restera chère à mon coeur comme ce que le genre super-héroîque peut produire de mieux avec du temps et du dévouement. Et ce n’est pas la seule fin en perspective dans les séries signées Kirkman, mais on en parlera dans les perspectives 2020.


Au delà l’éditeur est resté fidèle à ses auteurs phares avec du Terry Moore avec le tome 4 de SIP, du Hellboy et du BPRD, la fin de Killed or Be Killed de Brubaker et Phillips et leur retour dans l’univers de Criminal avec mes héros ont toujours été des junkies. Je dois dire que je m’attendais à voir débarquer la nouvelle série criminal cette année, mais apparemment, il faudra patienter l’année prochaine pour cela. 


Outre une grande diversité dans les choix de publication, on peut constater que l’éditeur est resté assez raisonnable dans sa grille tarifaire…cela nous change un peu. 

Bilan global : 

Points positifs : 

  • de nouvelles séries prometteuses
  • l’arrivée de séries cultes 
  • les auteurs maisons bien représentés ;
  • très bonne qualité d’édition. 

Points négatifs : 

  • un certain délai pour la publication de certaines séries en VF.

GLÉNAT COMICS 



2019 restera sans doute l’année de la rencontre avec le mur de la réalité du marché pour Glénat Comics. Depuis son arrivée sur le marché l’éditeur a publié de manière abondante des séries qui souvent sont passées sous le radar des lecteurs en raison d’une offre globale très, trop riche. Soyons clairs : j’aime beaucoup le travail éditorial de Glénat. Leurs choix ont été audacieux et la qualité de leur travail est incontestable. Le collectionneur que je suis est toujours ravi d’avoir un tome de chez eux entre les mains car la qualité d’édition est toujours au rendez vous.


Malgré tout, nous avons pu constater qu’en 2019, l’éditeur a sérieusement commencé à réduire la voilure, ne publiant même rien pendant plusieurs mois à partir de juillet jusqu’en octobre pour effectuer un gros travail de recentrage. J’espère honnêtement qu’ils retomberont sur leurs pieds car encore une fois : leur travail est de très très bonne qualité et ils seraient dommage de voir leur catalogue couler. D’autant que je suis chez eux certaines très bonnes séries et qu’un directeur éditorial qui publie toutes les séries de Greg Rucka est forcément un génie (oui  ? hein ? quoi ? je suis biaisé sur ce point précis ? …oui ?)

Malheureusement, cela signifie que certains titres ont été mis en pause pour une durée indéterminée, comme le Harrow County de Cullen Bunn, et que d’autres n’ont que peu de chances de revenir. Ainsi, l’éditeur a déjà annoncé que le Rumble de John Arcudi ne dépasserait pas le tome 3 en VF alors que le titre se poursuit aux USA.


On ne peut que leur souhaiter de revenir sur leurs pieds rapidement. Glénat étant un acteur majeur de l’industrie de la BD en général, il serait tout de même incroyable qu’ils ne parviennent pas à s’installer de manière durable sur le marché comics. Au vu des déclarations faites par l’éditeur, j’ai le sentiment qu’ils veulent reprendre leur approche du marché à 0, pour reconstruire leur offre afin d’assurer leur viabilité sur la durée.

Bilan global : 

Points positifs : 

  • toujours une grande qualité d’édition ;
  • les séries de Greg Rucka sont là, donc c’est forcément bien (boire

Points négatifs : 


– arrêt de séries qui resteront inachevées ; 

 

HI COMICS



Ou le dernier arrivé en date, qui a très rapidement creusé son trou dans un marché pourtant ultra-concurrentiel, grâce à des choix avisés de licences qui ont su trouver leur public. La performance de Hi Comics m’a personnellement impressionné, car réussir à s’imposer dans un marché aussi saturé, trouver de nouvelles licences vendeuses alors que tous les grands noms sont déjà pris, c’est une grande performance et une grande réussite pour l’équipe éditoriale. Donc chapeau bas, c’était un énorme défi.


Au delà de la simple reprise de certains titres issus du catalogue de Bragelonne, Milady, sur lesquels je ne reviendrai pas, le grand succès de Hi Comics repose pour moi sur le choix de deux licences délaissées par les autres éditeurs mais qui avaient clairement un public : 

  • Rick & Morty qui est clairement LE grand succès de l’éditeur. Véritable phénomène, l’anime a engendré un comics qui a su trouver son public, et le succès visiblement pérenne du bouquin alors que nous étions entre deux saisons en dit long sur l’appétit des lecteurs. 
  • Les Tortues Ninjas. Là aussi, un mastodonte qui je pense dormait un peu et que Hi Comics a su réveiller, entre la publication de la série récente, mais aussi l’édition attendue récemment des toutes premières années du comics. C’était là aussi un pari risqué, et je pense une énorme masse de travail pour monter le bouquin. 

Au delà, nous avons eu les ovni signés Ales Kot ou encore le très bon Maestro de Steve Skroce, mais aussi le très intimiste et réussi I Kill Giants de Joe Kelly et J.M.Ken Nimura. Des choix donc très diversifiés qui ont permis à l’éditeur de se monter rapidement un petit catalogue intéressant de titres. On a donc hâte de voir ce qu’ils nous réservent pour 2020.

 

Bilan global :

Points positifs : 

  • des choix diversifiés ;
  • un bon travail éditorial ;
  • une bonne qualité d’édition. 

Points négatifs : 

  • j’aimerai personnellement des prix un poil plus abordables.

BLISS COMICS



2019 fut sans aucun doute une année de transition pour Bliss, marquée par la fin de runs importants, celui de Lemire sur Bloodshot et de Kindt sur X-O Manowar, mais aussi de nouvelles stratégies, avec notamment le recours à des campagnes de financement participatif pour assurer la publication de certains titres comme le Archer & Amstrong de Barry Windsor Smith.


Cependant, l’éditeur est resté très dépendant du catalogue Valiant qui a vu sa situation se compliquer au cours de l’année 2019 aux USA. Racheté par DMG, la maison a vu partir presque tous ceux qui dans l’équipe éditoriale avaient contribués au retour de Valiant dans les tournants 2015/2016. De fait, c’est une partie de l’ADN de la maison qui est parti et ils restent clairement en recherche de stabilité et d’un modèle depuis la nomination d’une nouvelle éditrice en chef (bon courage à elle au passage).

De fait, depuis 2-3 ans, on peut constater que le régime de la série courte ou de la mini domine avec quelques concepts très mis en avant, ce qui forcément se répercute directement sur ce que peut proposer Blis en France. On verra que 2020 constitue une occasion rêvée pour la maison et pour Bliss de bien se replacer, bien que pour la maison française, il faut espérer que le début de diversification débuté en 2019 se poursuivra dans les années à venir.

Bilan global :

Points positifs : 

  • des prix abordables notamment pour les intégrales
  • un bon travail éditorial ;
  • toujours une bonne qualité d’édition. 

Points négatifs : 

  • une trop grande dépendance à Valiant.

Conclusion : pour moi l’année 2019 restera au final, l’année de la consolidation du marché, où les grandes tendances se sont confirmées. Entre la fin du kiosque, la bonne position de certains, le recentrage d’autres, la fin aussi de certains petits éditeurs malheureusement comme le Paperback de Casterman. Nous arrivons clairement à un certain plafond en termes de nombre de titres que le marché peut supporter et les petits éditeurs essuient les plâtres. Ce qui n’empêche pas les bonnes surprises et à de petits nouveaux de venir jouer dans la cour des grands. 

Tout cela reste tout de même passionnant, car qui aurait pu imaginer au début de la décennie que nous vivrions une telle explosion en seulement quelques années. L’arrivée d’Urban fut un facteur décisif pour débloquer en quelques sorte le marché ainsi que le développement de la culture comics en dehors de la sphère comics également. Bref, être un fan de comics est quelque chose cher au cœur de nombre d’entre nous…mais c’est aussi devenu très cher tout court.

A propos Sam 1915 Articles
Ce fan de Morrison donne ses conseils dans des guides de lectures

5 Comments

  1. Beau résumé de cet belle année en terme de comics !

    Après être fan de comics c’est cher seulement si tu suis Panini (Le reste des éditeurs et abordables et respectables pour les prix).
    Clairement j’ai beau a aimer beaucoup de récit chez Marvel, mais là c’est plus possible avec Panini. Leur prix est inexcusable pour moi.

    J’ai donc décidé à partir de 2020 de ne plus acheter chez Panini, ou de réduire au maximum mes achats chez eux pour finir les séries que j’ai commencé ou acheter 1 ou 2 One-shot.
    Alors je peux comprendre les raisons de l’augmentation comme l’explique Panini par Facebook, mais ça reste trop cher pour moi.

    Je préfère me concentrer sur mes séries en retards que j’ai chez Urban qui mérite mon argent, car il se fout pas de la gueule du public avec leurs prix au moins

  2. Bravo et merci pour ce super article Sam ^^
    Me concernant, j’ai surtout pris du Urban – principalement des trucs hors Rebirth/ réédition New52 – donc de l’indé (même si on en a eu un peu moins que les années précédentes je trouve) et du DC/Vertigo pré Crisis quand on a eu la chance d’en avoir… les suites de certaines séries commencent sérieusement à trainer, c’est bien dommage.
    Chez Panini, je pense que les doigts d’une main suffisent à compter mes achats (en gros, les Icons Punisher par Ennis), et c’est surtout à cause de la politique éditoriale et tarifaire qui me fait gerber.
    Pas mal d’HiComics pour supporter TMNT, Maestros, Shirtless Bear Fighter par exemple. Très belles éditions mais un poil chères.
    Très peu de Bliss cette année pour moi. Valiant ne m’intéressait pas trop, j’ai juste participé au KS pour Archer @ Armstrong par BWS. J’espère pour eux qu’ils trouvent leur public car ils méritent de pérenniser leur activité et leurs belles éditions.
    Pas pris plus de Delcourt que d’habitude. Je retiens surtout le très bon Farmhand, et Redneck qui reste OK.
    Rien chez Glénat, un peu de Delirium, un peu de Komics Initiative en Kickstarter… bref il y a eu de quoi dépenser et lire cette année 🙂

  3. Merci pour ce travail de synthèse, qui a une maquette très agréable à lire qui plus est !
    Je partage tes opinions et tes constats : 2019 fut une année charnière avec la disparition ou à l’inverse l’ancrage de nouveaux entrants, une mutation profonde des politiques tarifaires ou des méthodes de financement.
    Le raz de marée du nombre de sorties ne semble pas disparaître en 2020, visiblement.
    Il est donc probable que 2020 voit également une mutation dans notre manière de consommer ce média, sans parler de nos libraires qui sont, pour les plus « petits », amenés à pousser les murs pour ne serait-ce que présenter les diverses sorties : le rayon comics du mien gagne 1m50 chaque année, voire plus en 2019.

    À lundi, pour le top que j’attends avec impatience !

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