Débat : quelle est la meilleure histoire publiée par Marvel Comics : les mini séries prestige ?

Et nous arrivons aujourd’hui au dernier article de cette série sur la meilleure histoire jamais publiée par Marvel. Je n’ai pas abordé toutes les franchises de la maison, car je touche avant tout à ce que je connais, ce que j’ai lu et même après 20 ans de lecture comics,  j’ai encore de grosses lacunes sur beaucoup de périodes. 

Pour ce dernier article, je voulais aborder un segment du marché qui a commencé à fleurir au début des années 80 et qui fut très apprécié au cours de cette décennie, les mini séries et les graphics-novels, ou épisodes one shot prestige. Ils ont marqué la décennie 80 alors que le Direct Market était alors en train d’émerger et les comics shops en plein développement. 

Il s’agissait alors de matériel exclusivement réservé à ce marché et s’adressait à un public plus âgé disposant de revenus plus confortables. Marvel pouvait en conséquence produire des bouquins plus matures, plus sombres, en clair aborder des histoires plus adultes…avec des prix bien plus élevés…Oui, il ne faut pas l’oublier. Et mine de rien, nous avons là quelques récits de grande qualité qui ont marqué l’histoire. 

LA MORT DE CAPTAIN MARVEL 

Auteurs : Jim Starlin & Pat Broderick 

Episodes : The Death of Captain Marvel GN

Disponible en VF : oui, chez Panini – réédité en début d’année 

Avis : ou le graphic novel qui a permis de débuter cette nouvelle ligne chez Marvel, et marquait le retour de Jim Starlin sur le personnage de Captain Marvel. L’auteur avait signé des épisodes remarqués sur le personnage quelques années auparavant et il revient ici pour en signer la fin à un moment où la série titulaire en question connaissait un déclin marqué et que l’intérêt de Marvel se portait ailleurs. 

Comme Starlin l’a plus tard expliqué, peu de temps avant de se lancer dans l’écriture de la Mort de Captain Marvel, il venait lui-même de perdre son père et il a pu exprimer nombre de ses propres sentiments, de sa propre expérience dans le bouquin, ce qui explique sans doute la dimension particulièrement humaine, émouvante et touchante du récit. 

De fait, même si le lecteur n’a jamais lu une aventure de Captain Marvel, n’a jamais formé de connexion préalable avec ce personnage, il ne peut s’empêcher de se sentir touché parce ce qu’il traverse, alors qu’il doit affronter en pleine conscience le déclin de son corps et sa propre mortalité.  

Le grand héros, qui a affronté mille périls, se voit trahi par son propre corps et condamné à périr non pas dans une bataille où le sort de l’univers est en jeu, mais au fond de son lit comme un homme normal. L’acceptation de ce destin qui est de plus en plus inévitable au fil des pages, est au centre du bouquin et ne peut que résonner avec le lecteur. 

Verdict : est-ce mieux que Born Again ? celle-là est vraiment dûr. Car même si le personnage n’a jamais occupé une position vraiment centrale, il a joué un rôle important dans le passé, ce récit lui a fait gagner une aura qui a traversé le temps et lui a conféré une place qui va bien au delà des mérites réels ou supposés des comics à son nom. Ce n’est pas un hasard s’il reste un des très très très rares personnages que l’éditeur n’a jamais ressuscité. Et le travail des auteurs sur le titre est sans aucun doute sans reproche…Mais je classerais cependant Born Again un poil (tout petit au dessus)…là aussi pour la partie graphique de Mazzuchelli qui est pour moi supérieure mais aussi parce ce que Miller dispose de plus de place pour développer son récit que Starlin. 

MARVELS 

Auteurs : Kurt Busiek & Alex Ross

Episodes : Marvels 1 à 4

Disponible en VF : oui, chez Panini – réédité en début d’année 

Avis : beaucoup de choses sont remarquables à propos de Marvels, mais plus le temps passe, plus ce qui m’interpelle le plus est la période à laquelle le bouquin a été publié. En effet, la mini série a été publiée par Marvel en 1994, alors que le style et la popularité d’Image était à son apogée. Et voilà que l’éditeur en contre-temps presque total sort une mini série qui est avant tout un hommage et une ode aux grands classiques de l’histoire de Marvel. Mais peut-être que cela a aussi contribué à son succès à l’époque et à travers le temps, de dépasser les modes du moment pour proposer quelque chose de vraiment unique. 

On peut difficilement trouver plus différent des comics des débuts d’Image que Marvels. Le scénario de Kurt Busiek est emprunt de classicisme et avant tout centré sur les gens normaux, loin des anti-héros psychotiques d’Image…Et on peut dire que rien n’est plus radicalement opposé au style bombastique à la mode à l’époque que celui d’Alex Ross, plus tourné vers une approche bien plus réaliste. Il s’agit ici avant tout de célébrer les super-héros d’antan, de parler du début de l’ère des super-héros, mais aussi…de la fin d’une ère. 

Et c’est peut être aussi pour cela que seule la période du début des années 90 a pu engendrer un tel comic-book, car c’était une période de changement, entre les nouveaux codes graphiques en vigueur, l’explosion du marché et l’arrivée en masse de nouveaux auteurs, personnages, styles, …Marvels est alors apparu comme un moment de réflexion de pause salvatrice, pour nous rappeler pourquoi nous étions tombés amoureux de ces personnages au tout début et que même s’ils changeaient, s’ils se conformaient aux codes de l’époque, il y avait quelque chose en eux d’intemporel. 

Verdict : est-ce mieux que Born Again ? vous savez quoi ? je pense que Marvels est effectivement au minimum au niveau de Born Again, voire légèrement supérieure. C’est une oeuvre qui exprime à la fois la nostalgie pour une époque disparue, pour une magie passée, mais qui tourne aussi son regard vers le temps présent et le futur, qui ne rejette pas ce qui est à venir. Le passage de flambeau entre générations est d’ailleurs le thème qui marque la fin de la mini-série, quand Phil Sheldon comprend que son époque est terminée et qu’il doit passer la main. 

HULK : FUTURE IMPERFECT 

Auteurs : Peter David & Georges Perez 

Disponible en VF : oui, chez Panini – réédité en début d’année dans l’intégrale 1993 (II)

Episodes : Future Imperfect 1 & 2

Avis : et nous terminons cette chronique avec l’un des plus grands classiques de l’histoire de Hulk, l’un des meilleurs récits du run de Peter David, qui compte pourtant nombre de très bons épisodes, à savoir Future Imperfect. Situé durant la période de “professeur Hulk” qui voit le personnage développer une nouvelle personnalité qui apparemment fusionne toutes celles existantes pour en former une nouvelle plus adulte, le récit voit le héros projeté dans un futur lointain de type post apo, avec un big boss très particulier : lui-même !

C’est en effet dans ces deux épisodes que Peter David introduit une nouvelle variante de son personnage : Maestro, version pervertie de hulk qui règne désormais sur les restes de l’humanité, alors qu’il s’abandonne à tous ses désirs. C’est une confrontation intéressante qui est mise en scène, alors que l’on pensait que justement Hulk en avait fini pendant un temps avec ses problèmes de personnalités multiples. L’auteur induit l’idée que cette nouvelle personnalité assagie, plus intelligente peut sous les bonnes conditions également dériver. 

Cela permet de maintenir l’idée que Hulk est son propre pire ennemi quelque soit les changements qu’il peut connaître et l’époque. Par ailleurs, le travail de Georges Perez est bien évidemment sensationnel, encore une fois ultra-détaillé, il donne vraiment vie à ce futur si sombre…et surtout donne un charisme incroyable à Maestro. 

Verdict : est-ce mieux que Born Again ? je dirai que c’est un peu un cran au dessous. Même si Peter David a révolutionné Hulk, et a écrit de grands runs dans sa carrière, je pense qu’il n’est pas du même calibre que Frank Miller. Son écriture reste assez classique, là où Miller a été pendant des années très expérimental (et le reste mais avec beaucoup moins de succès aujourd’hui).

A propos Sam 1942 Articles
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12 Comments

  1. Bonjour
    Merci encore pour cet article.
    Je ne suis pas spécialiste Marvel mais l’histoire Marvels est pour moi une superbe histoire, avec en plus de tout ce qui a été dit, qui véhicule beaucoup d’émotions. Je ne l’ai découverte qu’il y a quelques mois en tant que papa quarantenaire et quelle decouverte

  2. Par contre j’avais être attristé de voir que c’est le dernier article… J’aimais beaucoup cette rubrique.
    Existe t’il d’autres histoires qui pourraient être citées en concurrence de Born Again ?
    Que penser de Hawkeye de Matt Fraction par exemple ?

    • Malheureusement, je n’ai jamais accroché au Hawkeye de Fraction, du moins le peu que j’en ai lu, je serai donc mal placé pour en vanter les mérites.

  3. Merci.
    Je voulais faire de Hawkeye ma prochaine acquisition jaime le style de Aja et les histoires plus « ordinaires » et « matures » des héros mais vu le prix je demande des avis de connaisseurs.
    Serait il envisageable de faire le même style de rubrique avec DC ?

    • La série reste très renommée, et très appréciée donc oui, je te conseille au moins de l’essayer, même si mon avis n’est pas positif, ce n’est que le mien et l’écrasante majorité adore ce run.

      Pour DC, oui je suis en train d’y penser.

  4. Si ce n’est pas trop abusé quels seraient chez Marvel les meilleures histoires de style roman d’enquête detective ou policier ou thriller ? Comme on peut trouver chez Batman entre autres ou comme les écrit Rucka…

    • Pas de soucis, mais j’ai assez peu d’idées car le genre est peu abordé chez Marvel.
      Je citerai tout de même le Alias de Bendis, où il y a vrai côté enquête, détective.
      Toujours avec Bendis, si tu veux ce côté trhiller, je te recommande le Daredevil de Bendis puis celui de Brubaker.
      Enfin, si c’est le ton de Rucka qui te plait, je te recommande aussi le Punisher de Greg Rucka.

  5. Merci beaucoup pour toutes les précisions (et les précisons avec les titres et recueils en français dans l’article ;))
    Mais j’avoue que je suis peu fan de Bendis même s’il paraît que son travail sur Daredevil est super mais j’avais opté pour Brubaker et Lark dont j’aime énormément (++) la patte…
    Mais peut être que je vais laisser une chance au Bendis de cette époque Marvel

    • Oui, je peux comprendre ton manque d’attrait pour Bendis, mais en général sa production du début des années 2000 est excellente, c’est après que les choses se gâtent. Je te recommande d’autant plus la lecture de son run sur Daredevil que c’est sans doute le meilleur truc qu’il ait jamais fait, mais aussi parce que le run de Brubaker en est la continuation directe. Bendis laisse le personnage dans une situation très particulière et Brubaker prend le relais et développe son run à partir de là. Il est donc difficile de comprendre le début de son travail sur la série sans lire le run de Bendis avant.

  6. En ce qui concerne les œuvres citées, l’avantage c’est qu’elles se lisent de façon assez indépendante. Et ça c’est important dans un Graphic Novel. Donc, si je regarde une par une :
    -La mort de Captain Marvel : OUI, pour moi un incontournable, surtout par rapport à la réaction des autres personnages (je n’en dirai pas plus). Et un Captain Marvel qui finit par accepter son sort.

    -Marvels : je suis mitigé. Le dessin d’Alex Ross y est pour beaucoup dans mon appréciation de la mini série, mais d’un autre côté, « à la longue », l’histoire ne m’impressionne pas. M’enfin, je reste partagé, mais ce n’est mon avis perso.

    -Futur Imparfait : Là aussi, un incontournable, tant par le scénario que par le dessin. George Pérez s’est lâché.

    —————–

    Et pour citer d’autres incontournables :
    -X-men : dieu créé, l’homme détruit (Chris Claremont au scénario, Brent Anderson au dessin) : une histoire qui exploite bien la tension entre humains et mutants. NEVER FORGET la scène du début, ou alors le discours de Stryker à la fin.

    -Hulk et la Chose (Jim Starlin au scénario, Bernie Wrightson au dessin) : Bernie Wrightson s’est lâché sur les dessins des créatures, et l’histoire est à mourir de rire

    -Emperor Doom (David Michelinie au scénario, Bob Hall au dessin) : certes, la fin est un peu expédiée, mais le pitch en soi est bien trouvé.

    -Silver Surfer : Requiem (JM Straczynski au scénario, Esad Ribic au dessin) : émouvant

    -Thor : Loki (Robert Rodi au scénario, Esad Ribic au dessin)

  7. Tiens, encore un « one-shot » que je tiens ABSOLUMENT à citer : « Hulk – la fin » (Peter David au scénario, Dale Keown au dessin). C’est l’un des meilleurs one-shots (sinon LE meilleur) de la série « la fin ».

    • Oui, très bon épisode ! comme souvent avec ce type d’initiative, les épisodes sont de qualité diverses, certains sont très passables et d’autres super marquants.

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