Vers la fin des events ?

Ahhh les events, au centre de nombre de débats enflammés entre lecteurs depuis bien longtemps maintenant ! Il faut bien avouer qu’ils sont présents depuis bien plus longtemps que l’on ne pense et ont pris une place considérable dans l’industrie des comics au cours des 15 dernières années ! 

Mais comme l’indique le titre de cet article, je m’interroge également sur leur pérennité et leur avenir alors que ces dernières années ont montré que “l’event fatigue”, ou la lassitude engendrée par de trop nombreux events, n’était pas/plus seulement un argument de gens pas contents sur internet mais commençait à se traduire en termes de ventes. Et je me rends compte que je pose la question, alors que 2019 a vu le retour des events sur le devant de la scène comics après une année de pause chez Marvel et que 2020 s’annonçait comme une énorme année en la matière…C’est d’ailleurs ce qui m’a amené à m’interroger sur le sujet, entre des ventes finalement moins au rendez vous que ce que l’on pourrait penser et un intérêt personnel pour les prochains events …qui est assez bas pour être poli. On peut réellement s’interroger sur ce qui est devenu un fondement de l’industrie mainstream. 

Petit retour sur l’histoire des events dans les comics de super-héros avant de se pencher sur la situation actuelle et les projections pour l’avenir. 

I – Une réalité ancienne 

En premier lieu, je pense qu’il est nécessaire de dépasser l’idée que les events sont un phénomène moderne qui s’est amplifié au cours des 15 dernières années. Ils sont une réalité de l’industrie depuis des décennies maintenant et à mon sens une évolution logique dans le cadre des univers partagés. 

  • Les premières rencontres : les premiers events
     

Je sais que c’est difficile d’y croire…mais les events ont presque 40 ans d’existence à ce stade ! En fait, je dirai qu’on pourrait presque les faire remonter aux origines des univers partagés ! Qu’est ce qu’un event au fond, à part le plaisir de voir des personnages issus de titres différents se rencontrer !

Voir Superman rencontrer Batman ou wonder Woman pour la première fois est quelque chose de toujours spécial…c’est d’ailleurs pour cela que DC tend à nous réinventer cette première rencontre encore et encore au fil des années.


Voir Spider-Man rencontrer les FF pour la première fois a du être un moment très spécial pour ceux qui suivaient les titres Marvel au début des années 60 ! Tout d’un coup, cet univers encore naissant apparaissait bien plus riche, puisque l’on comprenait que tous ces personnages qui bourgeonnaient dans tous les sens, appartenaient effectivement au même univers et qu’ils pouvaient se croiser de manière régulière ! c’est d’ailleurs pour cela que des séries comme Marvel Team Up chez Marvel ou Brave and the Bold chez DC ont eu tant de succès pendant longtemps. 

L’idée d’event est même à la base de séries de groupe comme Justice League, Justice Society ou encore Avengers : “hééé, on a tous ces personnages que les gens aiment …et si on les mettait tous dans le même titre ?”. Une idée que Marvel affinera encore au début des années 2000 quand Mark Millar et Brian Michael Bendis poseront une question lourde de conséquences : pourquoi Spider-Man et Wolverine ne sont pas membres des Avengers ? Une idée qui est l’un des fondements du succès du MCU depuis 10 ans. 

  • Les premiers events 

Mais si l’on revient à la formule originale, les premiers vrais events ont fait leur apparition pour la première fois au milieu des années 80 de manière éclatante, presque de manière simultanée et pour des motifs différents : Secrets Wars chez Marvel et Crisis on Infinite Earths chez DC. Pour Marvel il s’agissait de …répondre à la demande d’un marchand de jouets en mettant en scène une histoire avec tous ses personnages, donc pas vraiment une idée brillante et avant-gardiste.


Et pour DC, il s’agissait avant tout de remettre de l’ordre dans son univers, de se rendre plus accessible pour attirer de nouveau des lecteurs qui s’étaient éloignés, plus attirés par un Marvel en apparence plus clair et moderne.

D’ailleurs, en passant, en faisant quelques recherches ces derniers temps sur Crisis, j’ai eu la surprise d’apprendre que si Wolfman et Perez s’étaient évidemment donnés plus qu’à fond sur le projet…DC n’a pas vraiment fait d’efforts en termes de promotion au départ, peu convaincus par le succès potentiel de l’entreprise. De fait, le marketing entourant l’event était à la base limité…avant que le titre n’explose presque par surprise.
De fait, le succès des deux events va entériner la formule de ce que l’on comprend aujourd’hui comme un event : une intrigue organisée autour d’une mini ou une maxi série indépendante des séries régulières, qui pourront y faire référence ou tie in,  qui regroupe la plupart des personnages de l’éditeur pendant des mois avec des répercussions importantes pour l’univers concerné.

Et il est intéressant de constater combien ces premiers events ont définis et marqués leur univers respectifs. On considère désormais chez DC, que les grands évènements qui changent l’univers doivent porter le nom de crisis dans leur titre. Il y une aura particulière qui entoure ce mot désormais.  Chez Marvel la formule s’est montrée plus adaptative par contre même si l’on peut constater que dans les années qui ont suivi, l’éditeur a tenter de recréer le succès de la première Secret Wars avec plus ou moins de succès. Tout comme DC qui a cherché et cherche encore sa Crisis 2…

  • La première guerre des events

Au sortir de ces deux events fondateurs, les deux éditeurs n’auront dès lors qu’une seule pensée : en faire plus, le plus vite possible et en grande quantité. Ainsi, à peine quelques mois après la conclusion de Secrets Wars, Marvel se lancera dans Secret Wars 2, tandis que DC attendra poliment un peu plus longtemps avant de lancer Legends, nouvel event qui engendra à l’époque de nouvelles séries comme la nouvelle version de la Justice League et de la Suicide Squad ou réintroduisait Wonder Woman. Pendant que Secret Wars 2…donnait une nouvelle veste au Beyonder ? (il faut encore que je lise Secret Wars 2 et je ne suis pas pressé) donc des events aux répercussions très similaires sur le fond…


Et pendant les années qui ont suivi, les deux éditeurs se sont livrés sans vergogne à de nouveaux events …jusqu’à l’épuisement : Infinity Gauntlet et toutes ses suites, Zero Hour ou encore Final Night…les années 90 ont vu DC et Marvel surenchérir en permanence…tout en aggravant les choses avec l’arrivée des crossovers massifs. Car les éditeurs se sont rendus compte d’une chose voyez vous. Ils ont en effet répondu à cette grande question philosophique qui occupe l’esprit des hommes depuis l’aube des temps : qu’est-ce qui est mieux qu’une machine à cash ? la réponse : deux machines à cash. Et c’est ainsi que sont nés les crossovers à répétition…

Dans un marché alors en plein boom, où les éditeurs multipliaient les séries pour tenter de répondre à la demande, organiser de manière régulière des grands crossovers entre séries d’une même franchise semblait être une idée sûre en termes de retours commerciaux. Et cela a marché pendant quelques années. De 1990 à 1995, les grands crossovers chez Marvel, ou les grandes sagas annuelles intra-franchise chez DC ont fait la loi au point de dépasser les grands events, au point d’être omniprésent…au point de saturation et de fatigue…


En ce qui me concerne, je suis arrivé dans le monde des comics,  au moment où l’on arrivait à la fin de cette tendance. Où la saga du clone avait épuisé les lecteurs. Où les grands crossovers mutants fatiguaient tant les lecteurs que les auteurs. Où le marché amorçait son effondrement et où les crossovers étaient vus comme non pas un soutien mais bien comme contribuant à sa chute, car faisant fuir les lecteurs ne voulant plus s’implique dans 15 bouquins différents  juste pour suivre une histoire.

1995 marque selon moi le début de la fin, avec un petit crossover appelé Onslaught. Composé de dizaines d’épisodes, il est aussi le dernier grand crossover mutant des années 90. Et non, je n’oublie pas Zero Tolerance, Search for Xavier ou le trop célèbre les douze. Mais tous ces crossovers sont restés confinés aux titres mutants, perdant même en ampleur au fil des années. Alors qu’Onslaught impliquait tout l’univers Marvel, à savoir les mutants …et puis tous les autres pour faire joli, mais on comprenait tous que c’était les mutants qui faisaient vendre, les crossovers mutants suivants sont demeurés parfaitement auto-contenus.

À la fin des années 90, ces grands crossovers, events, et autres gimmicks étaient vu de manière très défavorables, comme un autre excès dans une décennie qui en était remplie. C’est la raison de cette “timidité” apparente de Marvel dans ses crossovers durant cette période et la fin des grandes sagas annuelles chez DC, No Man’s Land étant la dernière à voir le jour. Une saga qui ironiquement clôture la décennie puisqu’elle fut publiée en 1999. Par la suite, la franchise Batman se contentera pendant quelques années de crossovers très courts, sur un mois ou deux (comme Officer Down). Le plus long sera sans doute Bruce Wayne : Murderer  en 2001/2002 qui dura presque 6 mois. 


II – Le retrait à la fin des années 90/début des années 2000

Au début des années 2000 le souhait de ramener ces grandes crossovers se fait sentir chez les Big Two, sans pour autant que cela marque le public. On peut penser par exemple à Maximum Security, qui occupa tout l’univers Marvel pendant un mois ou deux avant d’être oublié de manière immédiate ou encore de Our Worlds at War chez DC qui impacta assez grandement les séries Superman. Mais cela restait limité…sur le moment. 

  • Le début d’un nouveau cycle

 

Comme je l’indiquais, il y avait clairement une volonté des éditeurs de ramener les events au début des années 2000, après une petite période de pause. Mais on ne peut pas dire que le coeur y était et les events proposés n’ont pas suscité l’adhésion espérée. Pourtant on peut se dire que l’appétit des lecteurs était présent. Je le pense en raison du succès de Batman “Hush” en 2002 qui démontrait que oui, le lectorat pouvait s’engager sur une histoire pendant un an, voire que le succès pouvait aller grandissant dans ce contexte.


C’est finalement en 2004 que la nouvelle vague d’events débuta vraiment, avec la publication de Identity Crisis.  Pour l’avoir vécu en direct, je peux vous dire que l’effort promotionnel autour du bouquin a été puissant de la part de DC qui avait compris tout le potentiel de l’histoire proposée par Brad Meltzer et Rags Morales. Ce qui est ironique quand on pense au fait que le récit proposé s’appuyait très lourdement sur la continuité DC , voire des éléments passés assez obscures !


De fait, je me souviens que l’épisode 1 ne m’avait pas particulièrement emporté, car les personnages mis en scène m’étaient pour la plupart inconnus : Elongated Man ? Sue Dibny ? mais qui c’est tous ces gens ? Atom pratiquement en personnage principal ….euhhh vraiment ? mais au fil des mois suivants, alors que les morts et les révélations s’enchaînaient …on comprenait que oui, l’univers DC n’allait pas en ressortir intact et qu’il y aurait des conséquences.

Mais à mon sens le grand succès de DC dans cette affaire est que pour la première fois depuis longtemps (et plus vraiment après), ils sont parvenus à capitaliser sur cet event pour construire sur la durée. Je ne vais pas revenir sur ce que j’ai déjà dit dans des précédents articles, mais les deux années suivantes menant à Infinite Crisis, furent de la folie pure parfaitement orchestrée par un éditeur alors en ordre de marche…Et bien évidemment Marvel ne pouvait pas laisser passer un truc pareil.


Alors que DC s’appuyait sur sa continuité pour se relancer, Marvel de son côté s’appuyait sur ses deux succès du moment : New Avengers de Bendis et les Astonishing X-Men de Whedon et Cassaday. Reprenant un fil d’intrigue datant des débuts de son run, Bendis et Marvel se lancèrent dans House of M en 2005 à peine quelques semaines après la conclusion de Identity Crisis. Et là aussi le succès est au rendez vous …et l’enchaînement marqua véritablement le début de la guerre des events qui devait durer une bonne décennie.

 

  • La seconde guerre des events  

Et fidèle à ses habitudes…Marvel et DC oublieux des leçons du passé, ont passé les années suivantes à s’affronter à coup d’events jusqu’à la saturation, jusqu’à ce que les events se marchent sur les pieds les uns les autres. Si dans un premier temps les éditeurs ont tentés de bien gérer leur calendrier, d’avoir uniquement un gros event par an…la réalité du marché les a rattrapés.  Car la fatigue des events ne date pas d’aujourd’hui…On en parle depuis Siege en 2010 ! en l’espace de 5 ans, l’espace comics était devenu saturé d’events : Infinite Crisis, Civil War, Blackest Night, Secret Invasion, Dark Reign, Brightest Day, World War Hulk…et j’en oublie certainement.


C’est la raison pour laquelle à l’époque Siege ne comptait que 5 épisodes, les éditeurs de chez Marvel nous disant la main sur le coeur et la petite larme pleine d’empathie dans l’oeil qui coule sur la joue : oui nous avons entendus le lectorat, nous allons faire plus court et surtout faire une pause d’au moins deux ans avec les events. À peine 6 mois plus tard, Fear Itself était annoncé…sans le succès souhaité, avant qu’en 2012, Marvel sorte la grosse artillerie avec AvX pour contrer le New 52 de DC…

Mais c’est en réalité entre 2013 et 2016 que le sommet de la guerre des events est atteint, à un point tel que Marvel en compte tellement …qu’ils se marchent sur les pieds ! espacé de quelques mois auparavant, chaque franchise dispose de son petit event, voire Marvel et DC en abuse en lançant des mini séries prétendument event : Age of Ultron, Infinity, Axis, original sin, Forever Evil, Convergence, pour finir en apothéose avec Secret Wars en 2015…Et à peine quelques mois après la conclusion de cet event, après des mois de relaunchs…marvel ne patientera pas pour lancer Civil War II, IvX…puis Secret Empire, en oubliant des Monsters Unleashed, tandis que DC se relançait avec Rebirth.

 

III – Un cycle sans fin ?

  • L’addiction aux events

On peut noter les tendances qui se dégagent au fur et à mesure que le temps passe : des ventes d’events toujours moins au rendez vous…tout comme la qualité qui tend à baisser en parallèle du fait d’une production qui pèse très lourde sur les auteurs et les éditeurs. Mais l’on peut aussi voir la durée des cycles. Tous les 5 ans environ, les éditeurs commencent à abuser des events, sont obligés de diminuer la charge, ce qui fait baisser les ventes globales, ce qui les incite à recommencer.


Si Fear Itself débarque aussi vite après la fin de Siege malgré les promesses, c’est tout simplement parce que le relaunch de l’époque appelé Heroic Age avait vu les ventes recommencer à baisser au bout de quelques mois. Même sanction quelques années plus tard après Secret Wars : gros events, suivis de vagues de relaunchs, et au bout de quelques mois les choses se calment, les ventes reviennent à leurs niveaux réels, passé la spéculation des numéros 1…et il devient nécessaire de redonner un coup de boosts aux ventes.

Sauf qu’au tournant 2016/2017, les choses ont vraiment commencés à avoir une effet négatif sur les ventes. Si je me reporte aux rapports de certains comics-shops (dont Big bang comics qui en avait parlé à l’époque) si les ventes de Civil War II ont été très bonnes…l’effet a été très néfaste sur les titres réguliers associés. Nombre de séries qui ne comptaient alors que quelques épisodes suite au relaunch de l’époque ont vu une accélération de la baisse de leurs ventes, nombre de lecteurs ont exprimés leur exaspération de voir les intrigues lancées interrompues aussi rapidement par un nouvel event massif.

C’est aussi pour cela que Secret Empire a été atteint par “l’effet Siege”. Marvel avait bien perçu la lassitude globale pour les events et a concentré la sortie des 10 épisodes sur 3 mois pour vite passer à autre chose. Et cela se traduit, cette fois,  concrètement dans les ventes. Et ce que l’on peut constater,  c’est qu’à de rares exceptions, comme Secret wars, ou Metal ces dernières années, peut d’events parviennent à maintenir leurs ventes à des niveaux satisfaisants très longtemps ! de fait, la plupart ne sont même pas parvenus à se maintenir au dessus de la barre des 100 000ex.  Les pires exemples étant sans doute des choses comme Axis ou Secret Empire, qui ont fini leur carrière en deçà des 80 000ex.

On arrive ici à un fait simple à comprendre mais qui semble échapper aux grandes maisons : si tout est un event, plus rien n’est un event…Et les lecteurs suivront avant tout des équipes artistiques ou les events qui leur apparaîtront comme véritablement importants, ceux qui donnent l’apparence de pouvoir avoir un impact. L’équipe artistique associée joue beaucoup dans l’appréciation de tels facteurs. Quand Snyder et Capullo réalisent un event…forcément, le lectorat sera mobilisé. Par ailleurs,  les lecteurs savent également parfaitement faire la différence entre des events conçus comme tels et des events qui à la base n’étaient que des arcs de séries régulières qui en ont été extraits pour essayer d’animer un peu les choses. 

  • Le début d’un nouveau cycle ?

Le point important à retenir est le tournant que représente, selon moi, les années 2018/2019. Si Dc a sorti Metal en 2018 avec succès, il ne faut pas oublier qu’ils sont également moins dépendants des events et des relaunchs que Marvel qui de son côté a dû mettre en pause ses events pendant plus d’un an, pour répondre à la grogne du lectorat avec dans l’idée qu’après une petite pause, le succès serait de nouveau au rendez vous quand la machine serait relancé. Comme dans les cycles précédents.  Or les chiffres disent autre chose.


En effet, en 2019, on peut juger que trois events ont marqué l’année Marvel : War of Realms, Absolute Carnage et House of X / Powers of X. Et si l’on peut estimer qu’ils ont rencontré un grand succès…on peut aussi comparer aux sommets atteints par d’autres events auparavant et se rendre compte que le résultat est en réalité assez modeste. War of Realms est assez  notable de ce point de vue, avec un démarrage correct avant de redescendre presque immédiatement au niveau de ventes de la série régulière Thor. Or WoR est en cela particulier qu’il était le premier event Marvel depuis un bon moment, qu’il réunissait une équipe artistique de premier niveau (Aaron et Dauterman) et qu’il marquait l’apogée du run d’Aaron sur le titre Thor…

Tous les ingrédients étaient donc au rendez vous pour un succès tonitruant, pourtant le boost attendu n’est pas intervenu. On peut penser la même chose pour Absolute Carnage qui là aussi a connu un très bon démarrage pour ensuite se stabiliser autour de             100 000ex, ce qui est très bon…moins loin des succès précédents. Même Civil War II dépassait allègrement les 350 000 copies quelques années plus tôt. Secret Wars de Hickman en 2015 démarrait à plus de 500 000…

Reste le cas House of X…qui a un parcours différent avec un démarrage correct aux alentours de 185 000ex, ce qui est dans la lignée des relaunchs mutants des années précédentes. Mais là, le phénomène est différent voire va à l’encontre des tendances observées normalement. 

En général, un premier épisode se vend bien, puis on a une grosse baisse de l’ordre de 50 à 60% sur l’épisode 2. Et si l’on observe cette baisse sur les épisodes 2 des deux mini …les ventes sont ensuite remontées ! ainsi les épisodes 2 se situaient à environ            110 000ex, pour remonter à 150 000 sur les suivants et finir par remonter entre 160 et 170 000ex  à la fin des deux mini ! Nous avons là le cas particulier où le bouche à oreille est tel, accompagné de réimpressions d’épisodes en cascade que les comics-shops ont été pris en défaut et on augmenté leurs commandes aussi vite qu’ils le pouvaient.

Mais je dirai que c’est un cas particulier. J’aime la citation que j’ai vu sur internet selon laquelle la fan base des X-Men était un géant en sommeil depuis longtemps, qui se réveillait enfin. Cela faisait presque 20 ans que les mutants n’avaient pas rencontré un tel succès, et dans une industrie où tout bouge très vite, 20 ans c’est une éternité. 

  • Année 2020 : le retour normal aux affaires ?

Dans ce contacte 2020 aurait dû être l’année du retour des events comme force motrice des deux univers mainstream : Empyre et Swords of X chez Marvel, Death Metal chez DC…mais je ne vais pas revenir sur la situation actuelle…Mais je me demande…si les choses étaient restées dans un état normal, ces différents events auraient ils aussi bien fonctionnés ou arrive-on vraiment à la fin d’un modèle ?

IV – L’avenir des events : l’illusion brisée du changement 

Comme je l’ai indiqué en introduction, les events sont un fait dans l’industrie des comics depuis des décennies, ils se sont installés dans l’imaginaire collectif comme l’endroit où les choses se passent, dans des univers mainstream toujours plus codifiés et rigides où les changements réels sont de plus en plus rares, où la force du statut quo est devenue telle qu’il est difficile d’y échapper. Ces différents facteurs ont fait des events des outils commerciaux particulièrement efficaces. 

Dans ce contexte, les events sont une promesse de changements, mais leur multiplication, leur superposition par moment, a contribué à détruire cette illusion. Tout lecteur avec un peu de bouteille sait que toute évolution introduite lors d’un event, toute mort, tout événement un tant soit peu important sera annulé au bout de quelques mois pour revenir au statut quo de base. Et c’est là selon moi, que l’on retrouve la raison principale de leur déclin. Pour revenir sur ce que j’ai dit plus tôt : si tout est un event, plus rien n’est un event. Surtout quand les events, n’en sont pas vraiment. 

Peut-on parler d’un event quand à la fin, rien n’a changé, quand moins de 6 mois plus tard, on est déjà passé à l’event suivant, sans que l’on se souvienne de l’impact de l’event précédent. Le déclin n’est pas seulement commercial, il est aussi créatif et renvoie à une question plus large : comment faire évoluer les grands univers de super-héros aujourd’hui ? peut-on simplement les faire évoluer ? 

C’est là un problème avec lequel un éditeur comme DC lutte depuis des décennies et que Marvel rencontre depuis au moins 10 ans. Et que tout univers rencontre quand il compte plusieurs décennies de continuité derrière lui. Les events ont été une réponse pendant un temps, ils ne sont plus aujourd’hui que l’équivalent d’un blockbuster au cinéma. Un film que l’on va voir et oublier dès la sortie de la salle (oui parce qu’à une époque, on allait au ciné…) où dès que l’on aura refermé la dernière page du dernier épisode dans le cas présent. 

V – Conclusion 

Si je devais répondre à la question posée en titre de l’article, je dirais cependant que non, les events ne sont prêts de voir leur fin. C’est un outil trop facile à utiliser pour à la fois faire passer l’idée qu’une histoire est importante et mobiliser le lectorat en masse. Mais ils m’apparaissent en réalité dépassés. Ils renvoient aux impasses créatives rencontrées par les grands univers de super-héros qui ne parviennent plus à vraiment avancer, évoluer, changer, de manière organique, d’où ce besoin de secouer le cocotier de manière régulière…Sauf qu’à force de faire trembler la terre…elle finit par s’ouvrir et faire disparaître ceux qui vivent dessus. 

Il n’y a pas de réponse facile à comment faire évoluer les choses au delà de ce constat. Je pourrais appeler à une réduction de la production de titres, se concentrer sur quelques séries, se débarrasser de cette décompression honnie par tant de lecteurs…et laisser faire les auteurs sur la durée…Mais ce n’est plus vraiment l’époque. Et cela provoquerait sans doute une baisse des ventes assez marquée. Par ailleurs, créativement on demande aux grands éditeurs, chaque mois de proposer quelque chose de gros et d’excitant qui aura des répercussions, tout en ne chamboulant pas trop les choses car il faut durer ! Ce qui renvoie au modèle général de l’industrie où il faut sortir des nouveaux comics chaque semaine. Il faut alimenter la machine en permanence ou mourir. 

C’est un fait, une réalité d’une une industrie qui à ses débuts ne pensait pas encore être là 80 ans plus tard. Une industrie qui traverse aujourd’hui en raison du contexte actuel la plus grande crise de son histoire depuis l’effondrement du marché à la fin des années 90. Si les éditeurs avaient une solution à portée de main plus simple, plus saine, cela ferait longtemps qu’ils l’auraient appliqués, et tant que les events vendront plus que les séries régulières, même le temps d’un épisode…ils continueront d’en produire à moins que l’industrie ne change radicalement dans les années à venir. De manière ironique la promesse de tous les events va sans doute se réaliser : après cette crise, les choses ne seront vraiment plus jamais les mêmes.

A propos Sam 1974 Articles
Ce fan de Morrison donne ses conseils dans des guides de lectures

3 Comments

  1. Bonjour, article très intéressant, couvrant en plus une période sufissament large pour que ce soit réellement intéressant.
    Lisant des comics depuis environ secret wars 1
    J’ai vu mes sentiments vis-à-vis des crossovers grandement changer avec le temps.
    passer de l’émerveillement « génial mes héros sont rassemblé » à « Putain ! Qu’est ce qu’il foutent encore ensemble »
    Un fin des gros crossovers serait salvatrice pour les univers partagés.
    au profit plutôt d’un vrai univers partagé.
    Merci pour vos article et en espérant vous revoir sur les ondes bientôt.

  2. Ouai … de là à parler de la fin des events j’ai des doutes …arrivent Empyre, puis un event X-Men. Marvel a l’air de continuer sur sa lancée.
    Généralement la série maîtresse des events est intéressantes, ce sont tous les tin-ins associés qui sont sourvent de piètre qualité 🙁
    Sauuuffff CIVIR WAR II qui reste l’un des pire navets à mon goût …

  3. Sam, concernant Secret Wars 2, je te laisse savourer ça le moment venu. Mais pour te donner une idée : c’est du « so bad it’s good » … mais ça ne devient jamais « good » (même si y avait quelques tie-ins sympas, comme celui des 4 fantastiques, avec la Torche qui culpabilisait pour le gamin … et j’en dis pas plus).

    Concernant les events, une chose que j’ai remarqué c’est que dans les années 90, il y avait des events par « thématique », en particulier lors des Annuals, et on était arrivé à l’indigestion d’events qui se chevauchaient les uns les autres à vouloir « montrer qui a la plus grosse ».
    Si au début des années 2000 ça s’est calmé, ensuite on a vu de gros events qui faisaient de l’ombre à d’autres au sein d’un même éditeur (Civil War et Annihilation 1, chez Marvel), et la reprise de plus belle des events qui se chevauchaient et encore le retour des events thématiques aussi bien chez Marvel (Shadowland pour les héros urbains, Annihilation / Annihilation Conquest / War of Kings / Thanos Imperative pour le cosmique**, la « trilogie du Messie » chez les Mutants**) que chez DC (Sinestro Corps War / Blackest Night / Brightest Day pour Green Lantern, New Krypton pour Superman).

    D’ailleurs, on a vu récemment la grosse indigestion que ça a donné chez Marvel (un peu moins pour DC lors des New 52 j’ai l’impression, quoique avec Forever Evil et la plupart des events chez les séries des Lanterns), et dernièrement avec War of the Realms.

    ** qui ne vivaient presque que de ça

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