Geexity # 20 : Artères souterraines de Warren Ellis

Geexity : Artères souterraines de Warren Ellis

EllisDate de sortie VF : 03 Janvier 2014 en version Poche

Geexity : Artères souterraines de Warren Ellis

Éditeur VF : Le Livre de Poche

Prix : 6,6€

Nombre de pages : 285

Synopsis : Un privé à la dérive, Michael McGill, est embauché pour retrouver une version de la Constitution des États-Unis comportant des amendements écrits à l’encre alien invisible. Depuis les années 50, le précieux document est passé de main en main en échange de services louches. Pour un demi-million de dollars, McGill entre dans ce que l’Amérique a de plus fou, grotesque, déviant et hilarant.

Avis : ahhhhh Warren Ellis, tu permets que je t’appelle Warren ? je pense que je peux me permettre ce genre de familiarité depuis le temps que je fréquente tes œuvres. Oui je me permets de te tutoyer. Pas de chichi entre nous, après tout voilà presque 15 ans que tu me traumatises de manière régulière, et ce depuis que j’ai découvert ce premier numéro de Authority édité par Semic voilà bien des lunes.

Ahhhh que d’aventures tu m’a fais vivre ! et …hein ? tu vas jeter une malédiction sur moi et me condamner à me faire sodomiser de manière violente et répétée par des aliens venus d’une dimension parallèle où enfoncer un machin de 50 cm de long dans le colon de son voisin est une manière de dire bonjour ? mes entrailles vont bouillir sous l’effet de l’acide qu’ils m’injecteront par mon rectum quasi liquéfié ? Et ce avant d’arracher mes organes reproducteurs et me les faire bouffer ? tout cela parce que je t’ai tutoyé ? bon d’accord revenons aux formules de politesse ? hein je suis un baiseur d’orang-outan analphabète  ?

Euhhh mais je veux juste vanter vos mérites ???? et forcer les gens à aller lire vos débuts en tant qu’auteur de vrais livres sans images ni bulles ? ouais un truc super sérieux ces machins ? Hein, je suis quand même une raclure de bidet sur lesquels une bande de primates consanguins sont venus libérer leurs diarrhées explosives avant de s’accoupler et balancer leurs fluides corporels partout ??? euh, on va s’arrêter là et je vais faire cette review de mon côté tout seul d’accord et non je n’ai jamais violé de grenouilles trisomiques !!!arrêtez avec ça !!!

Comme vous pouvez le constatez à ces merveilleuses images que je viens de graver dans vos cortex cérébraux traumatisés, cela fait un bail que je lis du Warren Ellis et à force l’esprit du monsieur a peut être légèrement déteint. Un esprit acerbe, aiguisé comme une lame de samouraï, qui depuis maintenant presque 2 décennies démontre à l’industrie des comics américains que l’on peut faire autre chose que de ressasser encore et encore les mêmes idées et histoires. Non tout n’a pas déjà été fait, il faut juste se sortir les doigts de l’arrière train.

Et cela fait maintenant quelques années que je me jette comme un assoiffé en plein désert devant une oasis sur ses travaux, quand ils sont traduits en VF bien entendu, mais bon la VO ne m’arrête pas non plus, même si la verve de Warren Ellis demande un niveau d’anglais certain…D’autant que le sieur est bien connu pour ses associations d’idées peu banales qui se traduisent à l’écrit par de nouvelles expressions qui doivent donner bien du mal à nos chers traducteurs, que l’on aime, même si nous sommes très durs avec eux…

Alors au final de quoi est-il question dans ce roman, me direz vous ? et bien principalement de me traumatiser, alors que Warren Ellis explore les recoins les plus pervers de l’Amérique à la recherche d’un livre censé rendre sa pureté originelle au pays alors sous la férule de l’administration Bush, mais pas seulement…

Scénario : on sait que l’on lit quelque chose écrit par Warren Ellis dès la première ligne « J’ai ouvert les yeux pour voir le rat pisser dans mon mug. » Je doute que beaucoup de livres que vous ayez déjà ouvert aient commencé de la sorte…en tout cas je sais que ce n’est pas mon cas !

Le récit en lui même et de manière plus concrète est centré sur le personnage de Mike McGill, détective privé fauché professionnel installé à New York depuis 5 ans et qui est sans aucun doute le privé le plus poissard depuis l’invention de la profession par Detectivus Privatus en 187 av JC et…Hein ? j’invente ça de toute pièce !!! comment osez vous ! c’est la vérité ! Voyez vous Detectivus a inventé ce métier quand il s’est aperçu qu’il n’avait aucun talent particulier et qu’il n’avait guère envie de s’engager dans l’armée pour aller se faire trucider par des Carthaginois, des Gaulois ou encore des tribus germaniques shootés aux champignons hallucinogènes. Il a alors réalisé qu’il pouvait parfaitement demander à ses voisins de le payer pour pouvoir les mater toute la journée et découvrir tous leurs petits secrets…

Bref McGill est un poissard de Ligue 1, champion incontesté depuis 5 ans quand le livre débute. Sa dernière affaire l’a laissé traumatisé et sans copine. Il faut dire que le pauvre Mike n’était plus capable d’être performant après avoir suivi un mari pour découvrir que ses infidélités consistaient essentiellement en une activité : l’enculage d’autruche en groupe…Difficile d’avoir envie de baiser à nouveau après avoir assisté à ça…

La vie de Mike bascule quand un personnalité haut placée de la maison blanche vient l’embaucher pour retrouver un livre très spécial, un livre capable en principe de remettre l’Amérique sur les rails de la santé mentale…En effet le livre en question écrit par certains des pères fondateurs avec de la peau d’un alien qui avait passé 6 jours et 6 nuits à sodomiser Benjamin Franklin, avant que ce dernier ne l’allonge d’un bon coup de poing le 7e jour, est censé être capable de reprogrammer la partie du cerveau qui contient toutes les perversions… Et si l’Amérique va mal depuis des décennies c’est parce que Nixon a perdu ce livre dans les années 50 auprès d’une prostituée…et depuis le livre est passé de main en main, comme monnaie d’échange.

Pourquoi engager McGill quand on a tous les moyens du gouvernement des Etats Unis d’Amérique à sa disposition ? parce que les hommes en noir ont fait choux blanc après des décennies  de recherche, que l’Amérique s’enfonce dans la déviation un peu plus chaque année depuis lors et que McGill a un don unique : c’est un aimant à merde plus puissant que le champs électromagnétique de la planète.

C’est donc avec un bon gros tas de zéros sur son compte en banque, bien remplis par l’argent du contribuable, que notre cher privé va s’enfoncer dans la face perverse et dégoulinante de l’Amérique, pour trouver ce livre. Sa quête le conduira d’un bout à l’autre de l’Amérique et plus il avancera dans le pays, plus il passera du pervers/trash/marrant au pervers/trash/mais putain qu’est-ce qui va pas dans votre tête, putain filez moi un flingue pour buter ce connard !

Le livre peut vraiment être séparé à ce titre en deux parties. La première partie est juste à hurler de rire. Ellis se lâche comme jamais en explorant des sexualités très très particulières, mais alors vraiment…Sans rentrer dans les détails, je peux vous dire que :

– je ne pourrais plus jamais regarder un film de Godzilla de la même manière

– les scènes de Bukkake sont gâchées à jamais pour moi (bon ce n’est pas non plus comme si j’en avais jamais vu…non non non, pas de ça chez moi, mes pensées sont non pures et pas du tout innocentes…)

– les bodybuildeurs gay aryens me terrifieront (et mes bourses) jusqu’à la fin de ma vie

Dans la seconde partie, on bascule dans un récit plus sombre, tout de suite moins amusant…et plus dur. Là on entre vraiment dans la déviation, celle qui tue, celle qui porte atteinte à autrui.

Ce basculement se fait en parallèle de l’évolution de la relation de McGill avec son guide dans cette Amérique si étrange, Trix, jeune femme d’une vingtaine d’années à la sexualité libérée qui fait une thèse sur les sexualités …parallèles, oui on va le dire comme ça. Dans la première partie, leur relation est juste fun à suivre, alors que McGill ne comprend pas une minute qu’il plaît à la jeune femme et que c’est réciproque. Dans la seconde partie, leur relation se tend au même moment que leur exploration de la sexualité américaine se fait plus sombre. Il n’y a dés lors plus d’amusement, juste des gens blessés.

D’autres thèmes sont bien sûr abordés. Ainsi un des thèmes récurrents dans le livre est la séparation très fine entre l’underground et le mainstream…est-ce qu’une pratique, oeuvre …qui fait polémique, mais largement pratiquée ou connue fait encore partie de l’underground ou entre définitivement dans la catégorie du mainstream ?

Par ailleurs on retrouve comme toujours le goût d’Ellis pour la technologie et la fascination qu’elle peut exercer, notamment les possibilités offertes par celle disponible en ce moment mais qui reste assez largement méconnues.

En terme de narration, on retrouve clairement le style Ellis : des phrases courtes, un rythme rapide, un récit qui avance de manière régulière avec une montée en puissance dans le dernier quart et toujours ce goût pour les expressions bien allumées et les idées dingues. Cela donne un livre qui se lit très vite, en quelques heures, mais qui a tendance à bien vous marquer dans le bon sens du terme. Les débuts d’Ellis dans le roman sont donc une franche réussite. On sent qu’il n’a fait aucune concession dans son récit et que cette expérience littéraire lui a plu. A tel point qu’il a en écrit un second livre, Gun Machine, qui oh coïncidence fortuite sort en français début février !!!

Verdict : à lire absolument, si vous voulez vous marrez comme un sagouin. Mais oubliez toute idée d’avoir envie de baiser pendant un moment après avoir fini la lecture…Et évitez de le donner à des enfants, mêmes des ados…sauf si bien sûr vous les détestez.

A propos Sam 1845 Articles
Ce fan de Morrison donne ses conseils dans des guides de lectures

1 Comment

  1. J’ai détesté. Et je n’ai pas pu finir le bouquin.

    Une histoire où le scénario est réduit à néant durant plus de la moitié du livre et qui n’est en fait que prétexte pour mettre en place les trucs sexuels les plus dégueulasses et extrêmes qui soient.
    Je crois que le truc qui a fini par m’achever, c’est tout un chapitre où un texan s’enfile une de ses vaches en hurlant à la pleine lune. my god…

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